Pauline Poinot : elle invente un « éthylotest » pour détecter les cancers

La chercheuse française Pauline Poinot vient de recevoir le prix Ruban Rose d’Avenir pour ses travaux sur le dépistage du cancer par l’odorat. Une innovation qui pourrait transformer notre manière de surveiller notre santé grâce à une simple molécule sonde.
pauline poinot

Le cancer a une odeur : la révolution de la volatolomique

Tout part d’une intuition presque animale. Pauline Poinot, enseignante-chercheuse à l’Université de Poitiers (IC2MP), s’est inspirée des études montrant que les chiens peuvent renifler les maladies. Les cellules cancéreuses ont un métabolisme différent des cellules saines, ce qui leur donne un « parfum » unique. Mais pour l’humain, cette signature est souvent noyée dans le reste des odeurs corporelles.

C’est là qu’intervient la « volatolomique induite ». Plutôt que de chercher une aiguille dans une botte de foin, l’équipe de Poitiers a eu une idée de génie : forcer la tumeur à se dénoncer. En injectant une petite « molécule sonde » (un sucre couplé à de l’éthanol), celle-ci se transforme en odeur spécifique dès qu’elle touche une cellule maligne. Cette odeur remonte ensuite dans les poumons et se libère… dans votre haleine.

Un « éthylotest » pour un diagnostic ultra-rapide

Concrètement, la méthode ressemble à un test d’alcoolémie classique. « L’idée, c’est de faire générer une odeur aux patients qui ont un cancer », explique Pauline Poinot. Une fois la molécule injectée, il suffirait de souffler pour savoir si une tumeur est présente. Mais les chercheurs vont encore plus loin en adaptant cette technologie à une simple prise de sang.

Imaginez le gain de temps : en seulement 7 à 8 heures, le diagnostic tombe. Ce test pourrait devenir une alternative sérieuse à certains examens redoutés. Par exemple, pour le cancer du sein, seule une femme sur deux réalise sa mammographie, souvent par peur de la douleur ou de l’irradiation. Une prise de sang ou un test d’haleine, c’est moins impressionnant, moins cher, et tout aussi efficace pour repérer la maladie quand elle est encore guérissable.

« On pourrait réduire de 30 % la mortalité des cancers si on les diagnostiquait plus tôt », rappelle la chercheuse.

Bientôt un « bouquet de parfums » pour cibler chaque tumeur

L’ambition ne s’arrête pas à la simple détection. L’équipe travaille désormais sur un « bouquet de molécules ». L’objectif est de créer un parfum différent pour chaque type de cancer : sein, poumon ou pancréas. En fonction de l’odeur détectée, les médecins pourraient connaître la localisation exacte de la tumeur, son agressivité et même son stade d’évolution.

Grâce à la dotation de 225 000 euros liée à son prix, Pauline Poinot va pouvoir accélérer les essais cliniques. Si une étude est déjà en cours à Cambridge pour le cancer du poumon, de nouveaux tests vont débuter au CHU de Poitiers. Pour l’instant, on ne parle pas encore de technologie miracle disponible demain matin en pharmacie. Il faudra être patient : les experts estiment qu’un déploiement grand public pourrait voir le jour d’ici 4 à 5 ans.

Cette avancée est aussi une victoire personnelle pour la chercheuse, très attachée à la sororité et à la lutte contre les maladies qui touchent les femmes. En simplifiant le dépistage, elle espère offrir une chance de guérison au plus grand nombre, y compris dans les pays n’ayant pas accès aux équipements d’imagerie lourds.

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