Des risques « probables » pour le cœur et les poumons
On pensait la vape inoffensive, ou presque. Mercredi 4 février 2026, l’Anses a jeté un pavé dans la mare après trois ans d’expertise et l’analyse de 3 000 publications scientifiques. Le verdict est clair : vapoter quotidiennement expose à des risques « probables » pour le système cardiovasculaire. Concrètement, si vous utilisez un e-liquide avec nicotine, votre pression artérielle grimpe et votre fréquence cardiaque s’emballe. À terme, les experts redoutent une hausse des infarctus et des AVC chez les utilisateurs réguliers.
Le système respiratoire est également en ligne de mire. L’agence pointe un lien « possible » avec des maladies chroniques graves comme la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). Sur les 1 775 substances détectées dans les vapeurs, 106 sont jugées « particulièrement préoccupantes ». On y trouve notamment des aldéhydes, des molécules qui dégradent les tissus des voies respiratoires. Le Dr Olivier Galera, tabacologue, prévient : si l’on ne voit pas encore de vagues de décès, c’est à cause du temps de latence. Selon lui, l’épidémie de maladies liées à la vape pourrait frapper vers 2040.
Même sans nicotine, le danger est bien réel
C’est l’argument préféré de ceux qui veulent se rassurer : « Je vape sans nicotine, donc c’est bon ». Erreur. L’Anses affirme que même sans nicotine, les risques de cancers et d’affections respiratoires persistent. Pourquoi ? Parce que la toxicité ne vient pas uniquement du produit de base, mais de la réaction chimique lors du chauffage. Le mélange de propylène glycol, de glycérol et d’arômes se transforme en composés toxiques une fois porté à haute température.
Le rapport s’alarme particulièrement de la « banalisation » du produit. Aujourd’hui, 6 % des Français vapotent chaque jour, et 32 % des utilisateurs le font depuis plus de quatre ans. Pour les femmes enceintes, le constat est sans appel : le vapotage peut altérer le développement du fœtus. L’agence recommande un arrêt total, sans passer par la case e-cigarette. L’idée que vapoter est un « plaisir sensoriel » sans conséquence vole en éclats face aux preuves d’altération des vaisseaux sanguins et de cancérogenèse identifiées par les chercheurs.
La vape : un outil de sevrage qui doit rester court
Attention, l’Anses ne demande pas pour autant de jeter toutes les vapoteuses à la poubelle. Elle reconnaît que pour un gros fumeur, la cigarette électronique reste moins nocive que le tabac (responsable de 75 000 morts par an en France). Elle peut donc être une « option transitoire » pour arrêter la cigarette classique. Mais le mot-clé est bien « transitoire ». L’objectif doit rester le « zéro inhalation » le plus rapidement possible pour éviter de s’installer dans une nouvelle dépendance longue durée.
L’agence s’inquiète surtout pour les jeunes de 13 à 17 ans, attirés par les goûts fruités et l’effet de mode. Chez eux, la vape est souvent la porte d’entrée vers le tabagisme plutôt qu’une sortie. Pour protéger cette génération, l’Anses demande un encadrement beaucoup plus strict des ingrédients et une interdiction réelle de toute publicité. Enfin, un avertissement pour les adeptes du « Do It Yourself » : fabriquer ses propres liquides expose à des risques de surdosage ou à l’utilisation d’ingrédients inadaptés à l’inhalation, aggravant encore la toxicité des aérosols.
« L’ignorance ou le déni pourraient durer une quinzaine d’années, mais nous pouvons redouter une nouvelle épidémie de maladies chroniques dans les décennies futures. » — Dr Olivier Galera, tabacologue.








