Black Mirror en vrai : Meta brevette l’IA qui parle aux morts

Le géant Meta vient de décrocher un brevet pour une intelligence artificielle capable de simuler l’activité d’un utilisateur après son décès.
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Vous avez sans doute déjà vu cet épisode de Black Mirror où une jeune femme discute avec un clone numérique de son mari disparu. Ce qui relevait du cauchemar dystopique en 2013 est devenu une réalité administrative fin décembre 2025. Meta, la maison-mère de Facebook et Instagram, a officiellement obtenu un brevet pour un modèle de langage (LLM) capable de prendre les commandes de votre compte si vous n’êtes plus là.

Le concept est aussi simple que perturbant : l’IA analyse vos années de données, vos likes, vos commentaires et votre façon de parler pour créer un « personnage numérique » ultra-convaincant. Ce clone peut alors continuer à interagir avec vos proches comme si vous n’étiez jamais parti.

Comment ça marche (et pourquoi c’est flippant)

L’idée derrière ce brevet déposé dès 2023 par Andrew Bosworth, le directeur technique de Meta, est de combler le « vide » laissé par l’absence d’un utilisateur. Selon le document, la disparition d’un internaute affecte l’expérience de ses abonnés. Pour y remédier, l’IA devient votre doublure officielle.

  • Mimétisme total : L’IA répond aux messages privés et commente les photos de vos amis avec votre style.
  • Appels audio et vidéo : Le brevet mentionne une technologie capable de simuler votre voix et votre visage lors d’appels en direct.
  • Gestion de l’absence : Le système s’active en cas de décès, mais aussi lors d’une simple « pause numérique » prolongée.

Si Meta affirme aujourd’hui n’avoir « aucune intention d’aller de l’avant » avec ce projet, l’existence même du brevet prouve que les Big Tech voient dans le deuil un nouveau marché à conquérir. Certains internautes évoquent déjà un mystérieux « Projet Lazarus », en référence à la résurrection biblique.

La « Grief Tech » : un business dangereux ?

Ce projet s’inscrit dans l’essor de la Grief Tech (technologie du deuil). Des applications comme Replika permettent déjà de discuter avec des chatbots entraînés sur les données de défunts. Mais pour les experts, on joue avec le feu. La professeure Edina Harbinja alerte sur un champ de mines éthique touchant à la confidentialité post-mortem.

« L’une des tâches du deuil est de faire face à la perte réelle. Laissez les morts être morts. L’idée de les ramener, sans vraiment le faire, crée une confusion totale. » — Joseph Davis, professeur de sociologie.

Au-delà de l’éthique, le risque est aussi psychologique. Des chercheurs de l’université de Cambridge craignent que ces « grief bots » ne soient utilisés à des fins commerciales, par exemple pour glisser des publicités dans la bouche d’un parent disparu. Pire, le phénomène de « psychose de l’IA » commence à inquiéter les psychiatres : des dizaines de patients auraient déjà présenté des symptômes délirants après des conversations prolongées avec des chatbots.

Entre immortalité numérique et dérapages

L’année 2025 a déjà montré les limites de ces technologies. Des deepfakes de personnalités décédées comme Martin Luther King Jr. ont circulé, leur faisant tenir des propos racistes. Zelda Williams, la fille de l’acteur Robin Williams, a dû supplier les fans de cesser de lui envoyer des vidéos de son père générées par IA.

  • Consentement : Avons-nous vraiment envie que notre « fantôme numérique » continue de liker des memes en 2050 ?
  • Responsabilité juridique : Qui est responsable si votre clone IA insulte un proche ou signe un contrat après votre mort ?
  • Dépendance : Que se passe-t-il si l’entreprise ferme ou si une mise à jour rend votre « proche virtuel » agressif ?

Pour l’instant, Meta se veut rassurant et range ce brevet au placard des « concepts exploratoires ». Mais dans un monde où nos données survivent à nos corps, la frontière entre souvenir et simulation n’a jamais été aussi poreuse. On risque de passer de « repose en paix » à « reste en ligne ».

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