Tu te demandes parfois comment l’argent public est géré ? Histoire de te donner le tournis, penchons-nous sur l’un des plus grands ratés de l’administration française. La Cour des comptes vient de rendre son verdict sur le naufrage du logiciel Scribe, un outil censé révolutionner le travail des enquêteurs de la police nationale.
Résultat des courses ? Six anciens hauts responsables du ministère de l’Intérieur ont été condamnés à des amendes. Derrière ce nom de code se cache six ans d’errance informatique, des dizaines de millions d’euros partis en fumée et un projet finalement jeté à la poubelle sans même avoir vu le jour.
Un projet parti dans le mur dès le premier jour
Lancé fin 2015, Scribe devait initialement servir de plateforme commune de rédaction des procédures pénales pour la police et la gendarmerie. Sauf que dès le départ, le chantier prend l’eau de toutes parts.
Les magistrats de la Rue Cambon ont égrené une liste hallucinante de carences qui plomberont le projet du début à la fin :
- Zéro étude de faisabilité et pas de budget clairement défini au lancement.
- Un retrait immédiat de la gendarmerie dès novembre 2016, laissant la police seule à bord.
- Une direction confiée à des commissaires sans la moindre expérience en gestion de projet informatique.
- Une équipe de pilotage réduite à une seule personne pendant plus d’un an, obligeant un prestataire privé à prendre les commandes.
Bilan de ce pilotage chaotique : un taux d’avancement bloqué à 36 % à la mi-2021, avant que la direction générale de la police nationale ne décide enfin de siffler la fin de la récréation et d’abandonner définitivement le navire.
Des sanctions salées pour les anciens patrons
Pour juger ce naufrage, la Cour des comptes a retenu la notion d’infraction complexe. Impossible de désigner un seul coupable : il s’agit d’une faute grave collective où les erreurs s’imbriquent parfaitement. Le préjudice total pour l’État a été officiellement arrêté à 30,21 millions d’euros.
« Neuf décisions, insuffisances et abstentions non conformes aux bonnes pratiques ont émaillé le pilotage de ce projet fantôme. »
Côté sanctions financières, la facture finale s’élève à 18 002 euros d’amende répartis entre les six responsables épinglés :
- 6 000 euros d’amende pour un ancien conseiller technologies de l’Intérieur et un ancien chef du service des technologies de la gendarmerie.
- 4 000 euros pour Jean-Marc Falcone, ancien directeur général de la police nationale (DGPN).
- 2 000 euros pour son successeur Éric Morvan.
- 1 euro symbolique pour les deux commissaires qui se sont succédé à la tête de la gestion opérationnelle du projet.
Pendant ce temps, les enquêteurs galèrent toujours
Si pour les têtes pensantes l’affaire se solde par des amendes administratives, sur le terrain, ce sont les policiers qui continuent de payer l’addition au quotidien.
Faute de remplaçant moderne, les enquêteurs utilisent encore et toujours le LRPPN 3, un logiciel jugé complètement obsolète. Selon les calculs de l’instruction, ce retard technologique a fait perdre près de 15 millions d’heures aux équipes entre 2022 et 2026, soit l’équivalent de plus de 3 000 emplois à temps plein partis en fumée.
Il va falloir s’armer de patience : le successeur désigné, baptisé XPN, n’est pas attendu avant 2029. En attendant, espérons que les leçons de ce fiasco historique auront enfin été retenues.







