De l’humanitaire à la « machine à cash » : la trahison originelle
Pour comprendre la rage d’Elon Musk, il faut remonter à 2015. À l’époque, OpenAI est créée comme un laboratoire de recherche à but non lucratif. La promesse est simple : développer une intelligence artificielle générale (AGI) sûre, transparente (open source) et au service de l’humanité, loin de la logique de profit des GAFAM. Séduit par cette vision, Musk met la main à la poche.
Entre 2015 et 2018, le patron de Tesla injecte environ 38 millions de dollars, couvrant près de 60 % du financement initial. Il apporte également une crédibilité cruciale, recrute des talents clés et fournit des conseils stratégiques. Mais en 2018, Musk claque la porte, officiellement pour conflit d’intérêts, officieusement en raison de désaccords stratégiques majeurs sur la vitesse de développement et la sécurité.
Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. OpenAI est valorisée à environ 500 milliards de dollars et s’apprête à devenir une entreprise à but lucratif (Public Benefit Corporation). Pour Musk, c’est une violation flagrante du « contrat moral » initial. Il estime avoir été floué : il a investi dans une ONG pour le bien commun, et ses anciens partenaires, menés par Sam Altman, utilisent désormais cette technologie pour générer des profits monstres.
Les calculs vertigineux des « gains injustifiés »
Comment passe-t-on d’un investissement de 38 millions à une réclamation de 134 milliards ? C’est ici que la bataille d’experts commence. La défense de Musk s’appuie sur l’analyse de l’économiste financier C. Paul Wazzan. La logique est celle du capital-risque : si Musk avait investi ces sommes et ce temps dans une start-up classique qui connaîtrait un tel succès, son retour sur investissement serait exponentiel.
L’expert estime que la valorisation actuelle d’OpenAI repose sur les fondations posées par Musk. Par conséquent, les profits actuels sont des « gains injustifiés ». Le calcul se décompose ainsi :
- Une restitution de la part d’OpenAI estimée entre 65,5 et 109,43 milliards de dollars.
- Une restitution de la part de Microsoft estimée entre 13,3 et 25,06 milliards de dollars.
Tout comme un investisseur initial dans une jeune entreprise peut réaliser des gains de plusieurs ordres de grandeur supérieurs à son investissement initial, les gains injustifiés réalisés par OpenAI et Microsoft […] sont bien plus importants que les contributions initiales de M. Musk.
Microsoft : le complice dans le viseur
Elon Musk n’attaque pas seulement son ancien protégé Sam Altman ; il vise aussi le portefeuille de Microsoft. La firme de Redmond, qui détient environ 27 % du capital d’OpenAI (une part valorisée à 135 milliards), est accusée d’avoir profité de cette « escroquerie » intellectuelle. Selon la plainte, Microsoft et OpenAI ont transformé une structure exonérée d’impôts en une « gorgone à but lucratif » qui verrouille le marché, paralysant la concurrence.
Malgré les tentatives des avocats de Microsoft et d’OpenAI pour faire annuler la procédure — qualifiant les calculs de Musk de « fantaisistes » et « inventés de toutes pièces » — la justice américaine a tranché en faveur de la tenue du procès. Un juge fédéral a rejeté les demandes de non-lieu, validant la pertinence d’un débat devant un jury.
Un procès spectacle prévu pour avril 2026
La confrontation finale aura lieu à Oakland, en Californie, fin avril 2026. OpenAI prépare déjà ses investisseurs à une tempête médiatique, les avertissant que Musk risque de multiplier les déclarations sensationnelles à l’approche de l’audience. La société de Sam Altman reste officiellement confiante, qualifiant la plainte de manœuvre de harcèlement de la part d’un concurrent direct (via xAI et Grok) qui ne supporte pas d’avoir raté le coche.
L’issue de ce procès pourrait redéfinir la propriété intellectuelle dans la Silicon Valley : un mécène peut-il réclamer les fruits d’un projet caritatif devenu commercial ? Réponse au printemps.








