Un choix né d’un processus démocratique
Chaque année, les promotions sortantes de la faculté de droit choisissent un nom qui les représentera lors de la proclamation. Pour 2024-2025, quatre personnalités étaient proposées aux étudiants : Typhanie Afschrift, Michèle Grégoire, Gisèle Pelicot et Rima Hassan. Le 22 août, le résultat est tombé : la juriste franco-palestinienne et eurodéputée a été élue.
Selon les cercles étudiants impliqués, le processus a été mené « dans le respect des règles établies ». Un débat encadré a précédé le scrutin, lequel a été supervisé par les autorités universitaires. Les organisations étudiantes rappellent que cette démarche incarne les valeurs de liberté d’expression et de réflexion critique chères à l’ULB.
Une polémique nationale et internationale
Rapidement, le choix du nom « Rima Hassan » a suscité de vives réactions. L’eurodéputée de 33 ans, engagée sur la cause palestinienne, est au cœur de plusieurs controverses. En France, elle est visée par une enquête pour apologie du terrorisme depuis fin 2023, après des propos liés au Hamas dans la foulée de l’attaque du 7 octobre. Expulsée d’Israël en juin 2024 alors qu’elle tentait de rejoindre Gaza à bord d’un voilier, elle est devenue une figure médiatique autant soutenue que critiquée.
En Belgique comme en France, personnalités politiques et intellectuelles se sont exprimées. Une tribune publiée dans la presse belge, signée notamment par Arno Klarsfeld, Bernard Kouchner et Luc Ferry, accuse les étudiants d’un « aveuglement tragique » et exhorte l’ULB à revenir sur sa décision.
Des soutiens étudiants déterminés
Face à la controverse, les cercles et bureaux étudiants de droit et de criminologie de l’ULB ont réaffirmé leur position. Dans un communiqué commun, ils dénoncent « une vague inacceptable de menaces et d’intimidations » et rappellent que leur choix est aussi un acte de solidarité envers le peuple palestinien.
« Ce choix, issu d’un processus démocratique et respectueux des règles établies, reflète l’engagement des étudiant·e·s en faveur des valeurs de libre examen et de solidarité », écrivent-ils.
Plusieurs étudiants mettent en avant le caractère symbolique de ce choix : montrer que l’université s’empare de débats mondiaux, et que la promotion souhaite incarner un combat lié au respect du droit international.
Des pressions politiques accrues
Le sujet dépasse largement le cadre académique. Le président du parti libéral francophone belge, Georges-Louis Bouchez, a dénoncé « le diktat de l’extrême gauche » sur les réseaux sociaux. En France, plusieurs responsables politiques se sont également exprimés pour demander à l’université de bloquer ce parrainage jugé dangereux pour son image.
Pour certains observateurs, cette affaire illustre à quel point le conflit israélo-palestinien continue d’alimenter des débats passionnés en Europe, jusque dans les amphithéâtres. Les universités, souvent perçues comme des lieux de liberté et de pluralité des opinions, se retrouvent en première ligne.
L’attente d’un soutien institutionnel
Les étudiants demandent désormais à la rectrice de l’ULB et aux autorités académiques de leur garantir un soutien clair et sans ambiguïté. L’objectif est de protéger la communauté universitaire, particulièrement lors de la proclamation de la promotion, et d’assurer la sécurité des participants face aux menaces rapportées.
Ils appellent aussi à lutter contre ce qu’ils qualifient de campagnes de désinformation autour de la figure de Rima Hassan, et à préserver la liberté des étudiants de choisir leur représentation symbolique.
Un symbole qui dépasse l’université
Au-delà de la polémique, cette affaire pose une question plus large : quelle place les jeunes générations veulent-elles accorder à l’engagement politique et aux luttes internationales dans leur parcours académique ?
Pour certains, nommer une promotion « Rima Hassan » revient à envoyer un message fort sur la solidarité et la résistance face aux injustices. Pour d’autres, c’est une erreur stratégique qui risque d’éclipser la réussite académique des étudiants derrière une controverse politique.
Dans tous les cas, l’initiative montre à quel point la vie universitaire reste un espace où se croisent débats politiques, enjeux de société et liberté intellectuelle. Et l’ULB, fidèle à son histoire, continue de cristalliser ces tensions, entre libre examen et pression extérieure.