Loin d’être un mythe urbain ou une simple stratégie marketing pour relancer des ventes en berne depuis la pandémie, les effets de la mastication sur nos capacités cognitives sont documentés. Vigilance accrue, baisse du stress ou simple effet placebo ? Nous avons décortiqué les études pour démêler le vrai du faux.
Un boost de vigilance de 10% prouvé par la science
Si vous espériez que mâcher de la gomme vous transformerait en génie capable de retenir une encyclopédie par cœur, vous allez être déçus. En revanche, si vous cherchez à rester éveillé et alerte, vous êtes au bon endroit.
Andrew Smith, psychologue à l’Université de Cardiff qui étudie le sujet depuis quinze ans, est formel : mâcher du chewing-gum augmente la vigilance et l’attention soutenue d’environ 10%. Ce n’est pas négligeable, surtout lorsque l’on effectue une tâche longue et répétitive. Crystal Haskell-Ramsay, chercheuse à l’Université de Northumbria, confirme que la gomme est une alliée précieuse contre l’ennui mental. En clair, le chewing-gum ne vous rend pas plus intelligent, mais il maintient votre cerveau en mode « on » quand il commence à décrocher.
Cependant, une nuance s’impose : cet effet booster dépend de votre état initial. Si vous êtes déjà au taquet, le gain sera marginal. C’est véritablement sur la fatigue et la lassitude que la mastication fait la différence.
L’anti-stress le plus vieux du monde
Au-delà de la concentration pure, le chewing-gum agit comme un véritable anxiolytique mécanique. Dès 1939, une étude du Barnard College notait que mâcher réduisait la tension musculaire. Plus récemment, des expériences en laboratoire ont montré que les participants mâchant une gomme avant une épreuve de mathématiques ou une prise de parole en public présentaient des niveaux de stress inférieurs.
Ce n’est pas un hasard si William Wrigley Jr., le génie du marketing derrière l’empire du même nom, a réussi à convaincre l’armée américaine d’inclure des chewing-gums dans les rations des soldats pendant la Première Guerre mondiale. L’argument ? Calmer les nerfs des troupes et tromper la faim. Aujourd’hui, alors que les ventes de chewing-gum ont chuté avec le port du masque et le télétravail, les marques reviennent à cette promesse originelle : le « wellness » mental.
Pourquoi ça marche ? La théorie de la « bougeotte buccale »
C’est le grand mystère qui fascine encore les chercheurs. Le chewing-gum n’a aucune valeur nutritionnelle, alors pourquoi notre cerveau réagit-il ainsi ? Plusieurs hypothèses s’affrontent :
- L’afflux sanguin : L’acte de mâcher augmenterait le flux sanguin vers le cerveau, apportant plus d’oxygène et de nutriments, favorisant ainsi l’éveil.
- L’activation musculaire : La stimulation des muscles faciaux enverrait des signaux d’alerte au système nerveux.
- Le « Fidgeting » : C’est l’hypothèse la plus probable selon Adam van Casteren, biomécanicien de l’évolution. Les humains aiment les mouvements répétitifs pour se concentrer (taper du pied, faire cliquer un stylo). Le chewing-gum serait une forme de bougeotte confinée à la bouche, permettant de canaliser l’énergie nerveuse.
D’ailleurs, le mot « ruminer » ne signifie-t-il pas à la fois mâcher et réfléchir intensément ? Il semblerait que pour traiter de l’information passivement, notre corps ait besoin de ce mouvement rythmique.
8 000 ans de mastication : un besoin ancestral ?
Si vous pensez que le chewing-gum est une invention de l’ère industrielle, détrompez-vous. En Scandinavie, on a retrouvé de la pâte à mâcher (de la résine d’écorce de bouleau) vieille de 8 000 ans, portant des traces de dents d’enfants. Grecs, Mayas, Amérindiens : toutes les civilisations ont mâché des substances végétales, souvent pour le plaisir.
Attention tout de même à ne pas crier au miracle. Andrew Smith rappelle que si les effets sur la vigilance sont réels, ils sont souvent de courte durée. De plus, il ne faut pas ignorer que de nombreuses études sont financées par l’industrie du chewing-gum (comme le Wrigley Science Institute), ce qui incite à la prudence, même si des chercheurs indépendants ont corroboré certains résultats.
En résumé : le chewing-gum n’améliore pas la mémoire (inutile d’en mâcher pour apprendre vos fiches par cœur), mais c’est un outil redoutable pour l’attention et la gestion du stress immédiat.








