48% des agences complices de discrimination en 2025

Trouver un appartement est déjà une épreuve, mais pour des milliers de candidats, le jeu est truqué d’avance. Une nouvelle enquête de SOS Racisme vient de tomber et le constat est sans appel : la discrimination au logement reste massive et décomplexée en France.
discrimination agence immo

Un « profil européen » exigé : le test qui ne pardonne pas

Imaginez la scène. Vous êtes propriétaire et vous appelez une agence pour mettre votre bien en location. Au téléphone, vous glissez une consigne illégale : « Je veux des locataires, mais attention, uniquement avec un profil de type européen pour éviter les problèmes de voisinage ».

Normalement, l’agent immobilier devrait vous raccrocher au nez ou vous rappeler la loi. Pourtant, en 2025, la réalité est tout autre.

SOS Racisme a réalisé ce « testing » sur 198 agences partout en France (grandes enseignes et indépendants). Le résultat fait froid dans le dos : 48,48 % des agences ont accepté ou facilité cette discrimination raciale.

Les chiffres précis du scandale

Pour bien comprendre l’ampleur du problème, il faut regarder les détails de l’enquête. Sur les près de 200 agences testées, le refus de discriminer n’est majoritaire que d’une très courte tête (51,52 %). Pour le reste, c’est porte ouverte aux préjugés.

  • 24,24 % des agences ont accepté directement de faire le « sale boulot » en sélectionnant elles-mêmes les dossiers sur critère racial.
  • 24,24 % autres agences ont refusé de le faire elles-mêmes, mais ont accepté de transmettre les dossiers pour que le propriétaire fasse sa sélection raciste. On appelle ça de la complicité.

Le plus choquant ? Certains professionnels assument totalement. Le Parisien rapporte les propos lunaires d’une agence niçoise :

« Je n’ai pas le droit de faire de la discrimination, OK… mais je le fais quand même. Ce ne sont pas les candidats qui manquent ! »

Maghrébins et Subsahariens : 50% de chances en moins

Si vous avez l’impression que ces chiffres stagnent, vous avez raison. SOS Racisme mène ces enquêtes depuis six ans, et la courbe est désespérément plate.

Les résultats de 2025 sont quasi identiques à ceux de 2019 et 2022. Lors de la première campagne de testing (2018-2019), l’association avait déjà mis des chiffres concrets sur ce ressenti quotidien.

À situation financière équivalente, les personnes perçues comme maghrébines ou subsahariennes avaient entre 50 et 55 % de chances en moins de voir leur dossier accepté par rapport à un candidat perçu comme « blanc ». Six ans plus tard, le barrage est toujours là.

Ils connaissent la loi, mais ils l’ignorent

L’excuse de la méconnaissance du droit ne tient plus. Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, est formel : les agents savent que c’est illégal. Dans la majorité des appels, l’interlocuteur rappelle d’abord la loi… avant d’accepter de la contourner pour satisfaire le client.

C’est une logique purement commerciale. Comme le souligne une experte citée dans le dossier, « le business prime ». Pour ne pas perdre un mandat de gestion locative, une agence sur deux est prête à s’asseoir sur le Code pénal.

Quelles solutions face à l’impunité ?

Actuellement, les sanctions sont rares. En 2023, sur 650 personnes mises en cause pour discrimination, seulement cinq ont été condamnées. Face à ce constat d’échec, les lignes bougent timidement.

La réponse du gouvernement

La ministre Aurore Bergé a réagi en annonçant une mesure technique mais importante : la formation à la non-discrimination va devenir obligatoire pour tous les employés d’agence.

Jusqu’ici, seuls les détenteurs de la carte professionnelle (souvent les directeurs) y étaient contraints. Désormais, la personne qui vous répond au téléphone devra aussi être formée.

Ce que demandent les associations

Pour SOS Racisme, la pédagogie ne suffit plus. L’association met sur la table des mesures beaucoup plus radicales pour casser cette dynamique :

  • Le dossier anonyme obligatoire pour couper l’herbe sous le pied aux préjugés dès la première étape.
  • Des sanctions pénales renforcées, calquées sur celles appliquées aux marchands de sommeil.

En attendant que la peur du gendarme change les mentalités, le marché locatif reste, en 2025, un terrain miné pour une grande partie des Français.

Actualités

Abonne toi à la Newsletter

Acquisition > Newsletter : Sidebar