Incendie de Crans-Montana : Jacques Moretti libéré sous caution

C’est la nouvelle qui passe mal, très mal. Trois semaines seulement après le drame qui a coûté la vie à 40 personnes, un suspect clé de l’incendie de Crans-Montana dort chez lui ce soir après avoir signé un gros chèque.
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Un « ami mystérieux » et une caution record

L’annonce est tombée ce vendredi comme un coup de massue pour les proches des victimes. Jacques Moretti, le copropriétaire français du bar « Le Constellation », est sorti de la prison de Sion. Pour obtenir ce ticket de sortie, il n’a pas eu besoin de prouver son innocence, mais de sortir le carnet de chèques.

La justice suisse a fixé la barre à 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros). Une somme colossale pour le commun des mortels, mais qui a été réglée par un « ami proche » du prévenu dont l’identité reste secrète. Pour les survivants, le symbole est violent : la liberté a un prix, et dans ce dossier tragique, elle a été achetée moins d’un mois après les faits.

Cette décision intervient alors que l’émotion est encore à vif. On parle ici d’un incendie survenu la nuit du Nouvel An, causé par des feux de bengale sur un plafond insonorisé inflammable. Une nuit festive qui a viré au cauchemar absolu, faisant 40 morts, principalement des jeunes, et 116 blessés dont 70 sont encore hospitalisés aujourd’hui.

Pas de bracelet électronique : la justice est-elle trop cool ?

Si Jacques Moretti est libre, il n’est pas totalement sans surveillance. La justice a mis en place des « mesures de substitution » pour éviter qu’il ne s’évapore dans la nature. Concrètement, son passeport a été confisqué, il a une interdiction formelle de voyager et il doit aller pointer tous les jours au commissariat de police.

Mais un détail fait tiquer les experts et enrage les parties civiles : les juges n’ont pas estimé utile de lui imposer le port d’un bracelet électronique. C’est une décision surprenante dans un dossier d’une telle gravité. Sa femme, Jessica Moretti, copropriétaire de l’établissement, était quant à elle restée libre depuis le début de l’affaire.

Cette différence de traitement et cette apparente légèreté des mesures de contrôle posent question. Est-ce que pointer au commissariat une fois par jour suffit vraiment à garantir qu’un suspect ne tentera pas de se soustraire à la justice ? Les familles craignent une fuite vers la Corse, où le prévenu a des attaches solides.

« Un scandale et une honte » : la colère des familles

Du côté des victimes, c’est l’incompréhension totale mêlée à de la nausée. Les avocats n’ont pas tardé à réagir, et les mots sont durs. Me Jean-Luc Addor, qui représente la famille d’un adolescent décédé dans les flammes, n’y va pas par quatre chemins : pour lui, c’est tout simplement « un scandale et une honte ».

Même son de cloche du côté de l’Italie, pays d’origine de nombreuses victimes. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, s’est dit « sans voix », qualifiant cette libération de « véritable affront ».

Mais au-delà de l’émotion, il y a une vraie inquiétude juridique : le risque de collusion. En clair, maintenant que Jacques Moretti est dehors, qu’est-ce qui l’empêche de contacter des témoins, de s’accorder sur des versions des faits avec son épouse, ou de faire disparaître des preuves gênantes ?

Mes clients sont fortement préoccupés par l’absence de toute considération autour de ce qu’on appelle le risque de collusion. Il n’y a même pas une interdiction de prendre contact avec les témoins.

Cette crainte que la vérité soit étouffée ou manipulée est ce qui angoisse le plus les familles aujourd’hui. L’instruction est loin d’être terminée, et la lumière n’a pas encore été faite sur toutes les responsabilités, notamment celles de la commune qui a admis ne pas avoir fait de contrôle incendie depuis 2019.

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