Le « gardien du génome » a un rôle insoupçonné
On le connaissait déjà sous le nom de « gardien du génome ». Le gène p53 est normalement là pour surveiller nos cellules et s’assurer qu’elles ne se divisent pas n’importe comment. Mais quand ce gène est altéré ou absent, la situation dégénère. L’étude, publiée dans la prestigieuse revue Nature Genetics, démontre que son inactivation est le signal de départ pour que les cellules cancéreuses quittent le sein et s’attaquent au cerveau.
En analysant les données de patientes et en menant des tests en laboratoire, les équipes dirigées par les professeurs Uri Ben-David et Ronit Satchi-Fainaro ont remarqué un détail frappant : la perte d’une partie du chromosome 17, là où loge p53, booste radicalement le risque de métastases cérébrales. Sans ce gardien, le cancer n’a plus de limites.
Comment le cancer « pirate » le métabolisme du cerveau
Le plus fascinant (et terrifiant) dans cette découverte, c’est la capacité d’adaptation des cellules malades. Le cerveau est un environnement très différent du sein. Pour y survivre, les cellules cancéreuses dépourvues de p53 apprennent à fabriquer massivement des acides gras. Elles ne font pas ça seules : elles « hackent » les astrocytes, des cellules cérébrales censées protéger nos neurones, pour leur voler des nutriments.
« La question est de savoir comment une cellule adaptée au sein peut s’accommoder de l’entourage étranger du cerveau. Cette adaptation est étroitement liée à l’altération du gène p53 », explique la professeure Ronit Satchi-Fainaro.
L’étude a identifié un complice interne : l’enzyme SCD1. C’est elle qui permet cette surproduction de gras nécessaire à la croissance des tumeurs dans la boîte crânienne. En ciblant cette enzyme avec des médicaments déjà existants, les chercheurs ont réussi à freiner la progression de la maladie chez les souris. Une lueur d’espoir pour la médecine humaine.
Vers une médecine ultra-personnalisée
Au-delà du futur traitement, cette avancée change la donne pour le suivi des patientes dès aujourd’hui. En identifiant très tôt la mutation du gène p53 ou la perte du chromosome 17, les oncologues pourront adapter la stratégie thérapeutique. Plus besoin d’infliger des chimiothérapies ultra-agressives à celles qui ne présentent pas ce risque métastatique élevé.
- Dépistage ciblé : Utilisation d’IRM cérébrales régulières uniquement pour les profils à risque.
- Prévention : Possibilité d’administrer des traitements préventifs avant même l’apparition des métastases.
- Efficacité : Meilleure sélection des médicaments pour éviter les effets secondaires inutiles.
Ce travail titanesque a mobilisé 14 laboratoires dans 6 pays différents. Si le chemin vers un médicament disponible en pharmacie est encore long, les chercheurs disposent désormais d’une carte précise de l’ennemi. Comme le souligne le professeur Cyril Cohen, comprendre comment ces cellules migrent est l’enjeu numéro un, puisque 90 % des décès liés au cancer sont causés par les métastases.








