Une naissance sans date, un destin sans horizon
C’est l’histoire d’un enfant qui n’existe pas pour l’état civil. Mohed Altrad est né sous une tente, au sein d’une tribu bédouine, probablement entre 1948 et 1951. Fruit d’une tragédie familiale, il perd sa mère très jeune et se retrouve élevé par une grand-mère qui lui refuse l’accès à l’école.
Pour sa famille, son avenir est déjà écrit : il sera berger, comme les autres. Mais le jeune Mohed a soif d’ailleurs. En cachette, il observe les autres enfants apprendre et finit par s’instruire seul, avec une détermination qui ne le quittera plus jamais.
« Je n’avais pas de rêve particulier à l’époque, si ce n’est l’ambition de ne pas accepter mon destin. »
L’ascension par le diplôme : le « geek » de Montpellier
Après avoir réussi à intégrer l’école et obtenu son baccalauréat en tant que major de sa région, il décroche une bourse pour la France. Il débarque à Montpellier en 1969 avec seulement 200 francs en poche, sans parler un mot de français. Le choc est brutal, mais la résilience est totale.
- 1972 : Obtention d’une licence en physique et mathématiques à Montpellier.
- 1976 : Doctorat en informatique à l’Université Paris-VIII.
- Années 80 : Expérience d’ingénieur chez Alcatel et Thomson, puis départ pour Abu Dhabi.
À une époque où l’informatique en est à ses balbutiements, Altrad fait partie des pionniers. Son expertise lui permet de travailler pour la compagnie pétrolière ADNOC, où il amasse le capital nécessaire pour réaliser son véritable rêve : entreprendre.
La naissance d’un empire : des échafaudages à la gloire mondiale
En 1985, alors qu’il est en vacances dans l’Hérault, une opportunité change sa vie. Il entend parler d’une petite PME en faillite, Méfran, spécialisée dans les échafaudages. Sans même connaître le mot français pour désigner le produit à l’époque, il l’achète avec un associé.
C’est le point de départ du Groupe Altrad. Par une stratégie d’acquisitions agressives et une gestion rigoureuse, il transforme cette TPE locale en un leader mondial des services à l’industrie et du matériel de construction. En 2015, il devient le premier Français à recevoir le prix d’Entrepreneur mondial de l’année.
« J’ai simplement dit aux gens que je mettais tout l’argent que j’avais gagné en cinq ans. Ils ont alors pensé : Il croit en nous. »
Le rugby et la politique : de nouveaux terrains de jeu
Aujourd’hui, Mohed Altrad n’est plus seulement un nom dans les pages économie. En 2011, il rachète le Montpellier Hérault Rugby (MHR), sauvant le club de la faillite. Sous son ère, le club décroche ses premiers titres majeurs et devient une place forte du Top 14.
Sa fortune, estimée en 2026 à environ 6,5 milliards d’euros, le place au 20e rang des fortunes professionnelles de France. Mais l’homme ne s’arrête pas là. Écrivain reconnu (son roman Badawi est étudié dans les écoles) et engagé politiquement à Montpellier, il continue de vouloir peser sur la cité qui l’a accueilli.
- Influence : 3e personnalité la plus influente du rugby mondial selon Rugby World.
- Engagement : Ancien président de l’Agence France Entrepreneur pour aider les quartiers.
- Ambition : Conseiller municipal à Montpellier depuis 2020.
D’un désert de sable à la lumière des projecteurs du GGL Stadium, Mohed Altrad a prouvé qu’aucun déterminisme social n’était insurmontable. Pour nous, les 16-35 ans, c’est peut-être la plus belle leçon de management : ne jamais laisser personne d’autre écrire votre propre histoire.
















