La choriste Leyla Doriane accuse Patrick Bruel d’agressions sexuelles

C’est une voix que tout le monde connaît, mais un visage que l’industrie a tenté d’effacer. Leyla Doriane, la choriste qui réalise les vocalises orientales du mythique tube « Au Café des délices », accuse à son tour Patrick Bruel d’agression sexuelle et de représailles professionnelles.
bruel choriste plainte

De la magie du studio au piège de Neuilly

On est en mai 1999. Leyla Doriane a la vingtaine, elle est une jeune artiste prometteuse signée chez BMG. C’est là qu’elle croise la super star de l’époque, Patrick Bruel. Les deux sympathisent rapidement autour de leurs origines berbères communes. Le courant passe si bien que le chanteur lui propose de poser sa voix sur son futur hit, « Au Café des délices ».

L’enregistrement en studio est un « moment magique », fluide et respectueux. Mais la suite de l’histoire va complètement déraper quelques jours plus tard, lorsque le chanteur l’invite chez lui, à Neuilly-sur-Seine, sous prétexte de travailler au piano et de lui écrire des chansons. Pensant à un rendez-vous pro, la jeune femme s’y rend en toute confiance.

« Je sens qu’il n’est plus du tout question des chansons qu’il voulait m’écrire. J’ai l’impression qu’il cherche à me séduire alors que je ne suis pas du tout intéressée », confie-t-elle au magazine Elle.

Le rendez-vous vire au cauchemar

Selon le récit glaçant de l’ancienne chanteuse aujourd’hui comédienne, Patrick Bruel quitte soudainement la pièce avant de revenir vêtu d’un simple slip rouge. Choquée, elle lui signifie immédiatement son refus, mais le chanteur se serait imposé physiquement, tentant de l’embrasser de force et de toucher son corps malgré ses protestations répétées.

Face à ses refus, le chanteur aurait alors eu une réaction révélatrice des rapports de force de l’époque dans l’industrie musicale :

  • La phrase choc : « Tu sais le nombre de nanas qui rêveraient d’être à ta place ! », lui aurait-il lancé.
  • La menace : Leyla Doriane réplique en menaçant de tout balancer à Hervé Lasseigne, le grand patron de leur label commun, BMG.
  • La rupture : Face à cette menace, Patrick Bruel se stoppe net et lui ordonne sèchement de quitter les lieux.

« Représailles silencieuses » et invisibilisation

Pour la jeune artiste, le retour à la réalité est brutal. Elle explique avoir subi une véritable punition professionnelle pour avoir osé dire non à la star. Du jour au lendemain, l’ambiance change, et l’industrie se referme sur elle.

Elle découvre d’abord un courrier stipulant que sa prestation sur le morceau — qui s’est classé au top des ventes — a été captée « à titre gracieux » : elle ne touchera pas un seul centime pour ses vocalises légendaires. Lors de la sortie de l’album « Juste avant » en octobre 1999, son prénom est carrément mal orthographié (« Leïla ») sur le livret du CD.

Un an plus tard, elle est invitée à chanter le titre en live au Zénith de Paris. Là encore, le traitement est humiliant : aucun cachet de prévu, aucune loge attribuée. Elle subira ensuite le mépris de l’artiste, qui fera mine de ne pas la connaître sur les plateaux de télévision, notamment chez Michel Drucker en 2005. « J’ai vécu des représailles silencieuses parce que je ne me suis pas laissée faire », résume-t-elle.

Un contexte judiciaire lourd pour la star

Si Leyla Doriane n’a pas déposé plainte à ce jour, son témoignage s’ajoute à un dossier déjà extrêmement lourd pour le chanteur. Patrick Bruel est désormais une figure contestée de la variété française : il a été mis en examen le 10 juin dernier et placé sous contrôle judiciaire. L’artiste est aujourd’hui visé par les accusations de plus d’une trentaine de femmes pour des faits de violences sexuelles.

Contactés par les médias, les avocats de Patrick Bruel contestent fermement ces nouvelles accusations. Ils estiment que ces reproches d’invisibilisation sont « en décalage complet avec la réalité », rappelant qu’elle figurait dans les remerciements et qu’elle avait été invitée sur la scène du Zénith. Ils affirment que le chanteur ne répondra à ces faits que devant la justice si celle-ci est saisie.

Signe des temps et du changement d’époque : même à Sidi Bou Saïd, en Tunisie, le mythique établissement du « Café des délices » a fini par décrocher le portrait de la star qui trônait sur ses murs, à la demande de clients français, pour le remplacer par une simple photo de la Méditerranée.

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