Travailleurs pauvres : 54% ne mangent pas à leur faim

Travailler ne protège plus de la faim en 2026. Selon le baromètre exclusif Ipsos BVA pour le réseau d’épiceries solidaires Andès, 54% des travailleurs pauvres déclarent être contraints de restreindre leurs quantités de nourriture et ne pas manger à leur faim.
faim france

Quand le salaire ne suffit plus pour remplir le frigo

L’époque où la pauvreté ne touchait que les personnes privées d’emploi est définitivement révolue. Aujourd’hui, les visages de la précarité alimentaire sont ceux de salariés, parfois en CDI, qui passent leurs journées à bosser pour finir le mois dans le rouge le plus complet. L’alimentation est devenue la variable d’ajustement principale des ménages modestes, juste après les factures incompressibles comme le loyer ou l’énergie.

Sur le terrain, la situation s’est considérablement durcie par rapport à l’année dernière. Ce ne sont plus des difficultés passagères, mais un véritable décrochage social qui s’installe dans la durée et fait écho au fait que l’on doive de plus en plus vivre avec moins de 50€ par mois, une réalité qui frappe désormais un étudiant sur trois.

« On a de plus en plus de personnes qui ont un emploi, des personnes en CDI, mais ça ne leur permet plus de vivre correctement. C’est something qu’il y a quelques années, on ne voyait pas encore », s’alarme Thierry, trésorier d’une épicerie solidaire à Paris.

Le menu quotidien : pâtes, riz et sacrifices

Pour des milliers de travailleurs, la deuxième semaine du mois rime désormais avec restrictions extrêmes. Manger sainement est devenu un luxe inaccessible, et les assiettes se vident de leurs nutriments essentiels.

  • L’omniprésence des féculents : 70% des travailleurs pauvres se nourrissent presque exclusivement de pâtes, de riz ou de pommes de terre.
  • L’absence de produits frais : 68% d’entre eux expliquent ne pas pouvoir s’acheter suffisamment de fruits et légumes frais à cause de l’inflation.
  • Le sacrifice ultime : 40% des sondés avouent sauter carrément plusieurs repas par semaine pour laisser leur part aux autres membres de la famille.

C’est le cas de Mitia, une jeune vendeuse payée 1500 euros par mois. Dès que les charges sont payées, la nourriture de qualité passe à la trappe. Des envies de salade ou de fruits frais balayées par des prix exorbitants alors que trouver des alternatives pour manger à 10€ à Paris reste possible mais demande une logistique permanente. Même constat pour Chahrazad, qui travaille pourtant chaque jour dans un restaurant scolaire, mais qui doit se priver pour espérer nourrir correctement ses deux enfants.

« Je mange assez mais quand il y a des bons trucs, je préfère donner à manger à mes enfants qu’à moi », confie cette mère de famille.

Les enfants et les familles monoparentales en première ligne

Le plus alarmant dans cette édition 2026 du baromètre reste l’impact direct de la crise sur la santé des plus jeunes. Les parents ont beau se priver et se sacrifier en priorité, la barrière de protection s’effondre.

Désormais, 37% des parents en situation de précarité restreignent aussi les portions de leurs propres enfants, et près de 24% d’entre eux sont contraints de leur faire sauter des repas. Chez les familles monoparentales, majoritairement gérées par des femmes, les chiffres explosent : 54% des mères isolées sautent des repas pour que leurs enfants puissent manger.

Gagner trop pour avoir de l’aide, pas assez pour vivre

Face à cette détresse, la colère et le sentiment d’isolement grandissent. Près de 85% des travailleurs pauvres déclarent se sentir totalement abandonnés par les pouvoirs publics.

Pourquoi ne demandent-ils pas d’aide ? Le phénomène du non-recours est massif. Plus de la moitié des personnes concernées pointent du doigt les fameux « effets de seuil ». En clair : tu gagnes un tout petit peu trop pour toucher les aides sociales ou avoir accès aux dispositifs de solidarité, mais tu n’as pas assez d’argent pour t’en sortir dignement. À cela s’ajoutent la complexité des démarches administratives en ligne et un fort sentiment de honte, qui progresse de 10 points en un an.

Pourtant, les solutions comme les épiceries solidaires du réseau Andès prouvent leur efficacité : plus de 70% de ceux qui y ont accès affirment mieux gérer leur budget et réussir à manger des produits frais de qualité. Mais pour l’instant, la faim continue de s’installer silencieusement chez les jeunes actifs en France.

Actualités

Acquisition > Newsletter : Sidebar