Le « reste à vivre » : une équation impossible
Les chiffres donnent le vertige. Une fois le loyer et les factures incompressibles réglés, un étudiant sur trois doit survivre avec moins de 50 euros pour tout le reste du mois. Pour ces jeunes, payer des frais médicaux, s’acheter des vêtements ou simplement prendre un verre est mathématiquement impossible. Plus inquiétant encore, pour près de 10% d’entre eux, le reste à vivre est nul, voire négatif : ils n’ont même pas un euro en poche après avoir payé leurs charges fixes.
Cette asphyxie financière est aggravée par un contexte économique impitoyable. L’absence de revalorisation des APL, combinée à l’inflation, a entraîné une perte de pouvoir d’achat estimée à 48 euros par an en moyenne. Parallèlement, les loyers du CROUS ont subi deux augmentations successives de 3,5%, forçant les étudiants à débourser en moyenne 270 euros de plus pour se loger.
Quand manger devient une option
L’alimentation est devenue la première variable d’ajustement. Faute de budget, près d’un étudiant sur deux (48%) a déjà renoncé à se nourrir en 2025. Pour 23% des sondés, sauter des repas n’est pas un accident, mais une réalité qui se répète plusieurs fois par mois.
Même lorsqu’ils mangent, le choix n’est plus permis. 44% des étudiants déclarent ne pas être en capacité de choisir leur alimentation, se rabattant sur les produits les moins chers et souvent les moins nutritifs. Cette précarité alimentaire s’explique aussi par des conditions de vie dégradées : manque de temps à cause du salariat, ou absence d’équipements de base comme un réfrigérateur ou des plaques de cuisson dans certains logements.
La crise du logement : entre SDF et taudis
Trouver un toit est devenu un véritable parcours du combattant qui dure en moyenne 2,5 mois. La pénurie est telle que 29% des étudiants n’avaient aucune solution de logement pérenne à la rentrée 2025. Si la majorité a pu compter sur la solidarité de proches, près de 3% se sont retrouvés à dormir dans la rue ou dans leur voiture.
Ceux qui ont un logement ne sont pas forcément sortis d’affaire. L’insalubrité guette : 28% des étudiants vivent dans un logement présentant des signes d’insalubrité, notamment des moisissures. Au total, 7 étudiants sur 10 subissent au moins une nuisance majeure, qu’il s’agisse du bruit, du froid ou de la présence de nuisibles comme les cafards ou les rats.
Une santé mentale en chute libre
Cette pression constante a un coût psychologique dévastateur. 90% des étudiants estiment avoir traversé des périodes de détresse psychologique. L’anxiété financière est omniprésente, touchant 60% des répondants.
Face à cette vague de mal-être, la réponse institutionnelle semble dérisoire. En moyenne, on compte un seul psychologue conventionné pour 1 028 étudiants en détresse. La fracture territoriale est béante : dans certains départements comme la Meuse, la Lozère, ou dans les territoires d’Outre-mer comme la Guyane et la Martinique, il n’y a tout simplement aucun psychologue conventionné disponible. Conséquence directe : 28% des jeunes ont déjà renoncé à des soins pour des raisons financières.
Travailler plus pour étudier moins
Pour tenter de joindre les deux bouts, le salariat s’impose souvent comme une obligation. Près de la moitié des étudiants (48%) travaillent spécifiquement pour financer leur logement. Mais ce travail a un prix académique : 7% des étudiants cumulent plus de 15 heures de travail par semaine, un seuil critique qui met en péril la réussite de leurs études.
Face à ce constat alarmant, l’Union Étudiante porte des revendications claires pour 2026. L’organisation réclame la mise en place d’un revenu d’autonomie universel de 1 288 euros pour sortir les étudiants du seuil de pauvreté. Elle demande également un investissement massif de 5 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments et la construction de 80 000 nouveaux logements par an.
















