Un mode opératoire glaçant basé sur la soumission et l’emprise
Derrière le costume du jeune cadre diplômé d’une prestigieuse école de commerce (l’Edhec) et réserviste de la marine nationale, se cachait une réalité sordide. L’accusation a mis en lumière un véritable protocole criminel sériel, poussant de nombreux observateurs à dresser un parallèle inévitable avec les dérives de l’affaire Pelicot à Mazan.
Le mode opératoire du prévenu, minutieusement décortiqué par les enquêteurs à travers l’analyse des expertises scientifiques, reposait sur une double violence :
- La soumission chimique : Des analyses capillaires ont révélé la présence de puissants somnifères et anesthésiants chez les victimes, administrés à leur insu pour les rendre totalement inertes.
- L’asphyxie mécanique : L’accusé pratiquait régulièrement des étranglements pendant les rapports sexuels, prolongeant son geste jusqu’à l’évanouissement complet de ses partenaires pour abuser d’elles.
Pour parfaire ce tableau, l’enquête a révélé que Fabien Amphoux filmait ses crimes. Les forces de l’ordre ont découvert sur son ordinateur pas moins de 26 vidéos et des centaines de photos montrant ses compagnes inconscientes, traitées comme de simples objets sexuels.
Le déclic médical et le courage des cinq victimes à la barre
Si ce calvaire a pu prendre fin, c’est grâce au courage de Flavie (le prénom a été modifié), l’une de ses anciennes petites amies. En juin 2021, la jeune femme tombe par hasard sur les fichiers vidéo stockés dans l’ordinateur de son compagnon. Choquée, sous l’emprise d’un homme possessif, elle mettra pourtant six mois à le quitter définitivement.
Le véritable déclic survient un an plus tard. Alors étudiante en médecine, Flavie assiste à un cours universitaire spécifiquement dédié au viol et à la notion juridique de consentement. C’est à ce moment précis qu’elle réalise l’extrême gravité des faits et décide de pousser la porte d’un commissariat en novembre 2022. Son signalement permettra l’interpellation du consultant en juillet 2023.
Refusant courageusement le huis clos pour que la société regarde l’horreur en face, cinq des six victimes identifiées sont venues s’asseoir côte à côte, main dans la main, au premier rang de l’audience.
Une mécanique d’emprise familiale et psychologique
L’audience a longuement exploré les raisons pour lesquelles ces jeunes femmes sont restées plusieurs mois en couple avec leur bourreau malgré les violences subies au quotidien. Les témoignages décrivent un homme manipulateur, profitant de leur fragilité ou de leur inexpérience sentimentale.
L’emprise dépassait souvent le cadre strict du couple pour s’étendre aux familles. Plusieurs proches ont confessé aux enquêteurs avoir perçu l’accusé comme le « gendre idéal » en raison de son parcours brillant, de sa politesse et de sa réussite financière, accentuant l’isolement psychologique des victimes.
« Monsieur avait décrété que son propre plaisir était supérieur au consentement de ses compagnes. Le viol n’est pas un excès de désir mais un abus de pouvoir. »
Cette déclaration de l’avocate générale traduit l’indignation face à l’attitude de l’accusé. Sentant le piège se refermer au début de sa détention, Fabien Amphoux avait même tenté d’envoyer un message clandestin à ses ex-petites amies par l’intermédiaire de son père, les suppliant de refuser les prélèvements de cheveux demandés par la justice.
« Docteur Jekyll et Mister Hyde » : le verdict de la cour varoise
Face aux preuves scientifiques et aux images irréfutables diffusées dans le secret du tribunal, Fabien Amphoux a été contraint de reconnaître l’intégralité des faits. À la barre, l’homme a tenté d’expliquer sa dérive en évoquant une double personnalité vertigineuse.
« Je n’aurais jamais assez d’une vie entière pour leur demander pardon. Il y a un Fabien qui a fait de son mieux, et un Fabien beaucoup plus sombre dans l’intime. »
Les magistrats de la cour criminelle du Var n’ont pas été fléchis par cette ligne de défense, pointant du doigt une impulsion criminelle que rien n’arrêtait. Preuve de son cynisme, deux jours seulement avant son arrestation finale dans un hôtel de Monaco, il violait une nouvelle victime, Ève, après l’avoir étranglée.
Bien que l’avocate générale ait requis la peine maximale de 20 ans de réclusion, la cour a fixé la sentence à 16 ans de prison ferme. Cette condamnation est assortie d’un suivi socio-judiciaire strict d’une durée de 10 ans avec injonction de soins, ainsi qu’une interdiction totale de séjourner dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) dès sa sortie de cellule.







