Un génie né sous le signe de la résilience
Rien ne prédestinait Lonnie Johnson, né en 1949 à Mobile dans une Alabama encore marquée par la ségrégation, à devenir l’un des inventeurs les plus prolifiques de sa génération. Fils d’un vétéran et d’une aide-soignante, il commence à démonter tout ce qui lui passe sous la main dès son plus jeune âge. On l’appelait « le professeur » dans son quartier, un surnom prémonitoire pour celui qui allait briser les plafonds de verre de l’époque.
En 1968, alors que les tensions raciales déchirent le pays, le jeune Lonnie se présente à une foire scientifique régionale. Seul étudiant noir de la compétition, il remporte le premier prix avec « Linex », un robot télécommandé fonctionnant à l’air comprimé qu’il a construit de toutes pièces. C’est le début d’une ascension fulgurante qui le mènera de l’université de Tuskegee aux rangs de l’US Air Force, puis au mythique Jet Propulsion Laboratory de la NASA.
L’accident de salle de bain à un milliard de dollars
Si vous avez déjà trempé vos amis avec un jet d’eau ultra-puissant, vous devez tout à un échec technique. En 1982, alors qu’il travaille chez lui sur une nouvelle pompe à chaleur écologique, un tuyau fuit et projette un jet d’eau puissant à travers sa salle de bain. Au lieu de s’énerver, l’ingénieur de la NASA a une intuition de génie : « C’est le pistolet à eau parfait ».
Il fabrique son premier prototype avec des tubes en PVC et une bouteille de soda vide. Après des années de refus de la part des fabricants, le jouet sort enfin en 1990 sous le nom de « Power Drencher », avant d’être rebaptisé Super Soaker en 1991. Le succès est immédiat et colossal. Les ventes atteignent 200 millions de dollars dès la première année. Aujourd’hui, on estime que l’invention a généré plus d’un milliard de dollars de revenus, faisant de Johnson un homme extrêmement riche et respecté dans l’industrie du jouet.
« J’ai pris ce que je savais sur la thermodynamique et l’air comprimé pour créer quelque chose que les gens aiment tout simplement. » – Lonnie Johnson
De la NASA à la conquête de l’énergie propre
Mais ne vous y trompez pas : Lonnie Johnson n’est pas qu’un « marchand de jouets ». Avant de révolutionner nos étés, il a conçu le système d’alimentation nucléaire de la mission Galileo vers Jupiter et a travaillé sur les sondes Cassini et Huygens. Son esprit ne s’arrête jamais. Fort de ses royalties, il a fondé ses propres laboratoires à Atlanta pour s’attaquer au défi du 21e siècle : le réchauffement climatique.
Aujourd’hui, à travers son système JTEC (Johnson Thermo-Electrochemical Converter), il développe une technologie capable de transformer directement la chaleur en électricité de manière ultra-efficace. C’est une révolution potentielle pour l’énergie solaire et industrielle. Pour lui, la maîtrise de l’énergie est la clé de la paix mondiale. En transformant ses bénéfices de « roi des pistolets à eau » en recherche fondamentale, Johnson prouve que le jeu et la science sérieuse ne font qu’un.
Un héritage pour les futures générations
Avec plus de 100 brevets à son actif, Johnson fait partie de ce cercle très restreint d’inventeurs afro-américains dont le travail pèse lourd dans l’innovation mondiale. Il ne se contente pas de chercher des solutions techniques ; il finance également des programmes de robotique pour les jeunes des quartiers défavorisés. Il veut montrer qu’une idée, aussi simple qu’un jet d’eau dans une salle de bain, peut changer le monde si on a les outils pour la concrétiser.
Que ce soit pour explorer les lunes de Saturne, inventer les pistolets Nerf ou créer les batteries de demain, Lonnie Johnson reste guidé par la même curiosité enfantine. Son parcours nous rappelle que l’innovation n’a pas de frontières, et que l’énergie la plus propre reste celle de notre imagination.








