Parcoursup : le cheval de Troie de l’enseignement privé lucratif

C’est la saison de l’angoisse. Vous êtes devant votre écran, à scroller parmi des milliers de formations sur Parcoursup, la boule au ventre à l’idée de ne rien trouver. Mais avez-vous remarqué ce qui se joue vraiment derrière l’algorithme ? Alors que l’université publique tire la langue, l’enseignement privé à but lucratif vit son âge d’or, transformant la plateforme d’orientation nationale en une gigantesque vitrine publicitaire. Entre diplômes aux noms flous, promesses marketing douteuses et financement public massif de vos concurrents payants, on décrypte le hold-up de l’année.
cheval troie école

Une explosion des offres qui donne le tournis

Si vous avez l’impression d’être noyé sous les propositions d’écoles dont vous n’avez jamais entendu parler, c’est normal. Les chiffres sont implacables : en seulement quatre ans, le nombre de formations privées disponibles a littéralement doublé, passant de 4 992 en 2020 à 9 298 aujourd’hui. Pendant ce temps, l’offre du public n’a progressé que de 15,3 %.

Le résultat ? Un étudiant sur quatre est désormais inscrit dans le privé. Ce basculement n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un laisser-faire politique. Parcoursup, censé être un outil de service public, met sur un pied d’égalité des licences universitaires quasi-gratuites (mais sélectives faute de places) et des « Bachelors » à 8 000 euros l’année. Dans cette jungle, les logos se ressemblent, les promesses aussi, mais la valeur du diplôme à la sortie, elle, est très variable.

« Mastere », « Bachelor » : attention aux faux amis

C’est le piège numéro un. Sur les salons d’étudiants comme sur la plateforme, les écoles privées jouent sur les mots avec une habileté redoutable. Vous rêvez d’un Master (diplôme national reconnu par l’État) ? On vous vendra un « Mastère ». La différence d’orthographe est minime, mais juridique, elle est immense : le second n’est souvent qu’un label maison sans reconnaissance académique réelle.

La Répression des fraudes (DGCCRF) a mis le nez dans ces pratiques et le constat fait froid dans le dos : sur 80 établissements contrôlés, 56 % présentaient des anomalies. Prix mensongers, diplômes bidons, appellations trompeuses… C’est ce que certains sociologues qualifient désormais de « fraude organisée ». Le risque pour vous ? Vous retrouver avec un prêt étudiant sur le dos et un diplôme qui ne vaut pas grand-chose sur le marché du travail.

L’apprentissage : la pompe à fric du privé

Comment ces écoles financent-elles leur croissance exponentielle ? Grâce à vos impôts, ironiquement. Le levier principal s’appelle l’apprentissage. Depuis la réforme de 2018, l’État a ouvert les vannes du financement sans distinction.

En 2023, la dépense nationale pour l’apprentissage a atteint 25 milliards d’euros. Les écoles privées se sont jetées sur cette manne financière : aujourd’hui, 84 % des formations en apprentissage sur Parcoursup sont privées. Le mécanisme est simple : l’État finance les entreprises pour qu’elles embauchent des apprentis, et cet argent ruisselle directement dans les caisses des écoles privées, souvent détenues par de grands fonds d’investissement.

Pendant que l’argent coule à flots pour former des profils « immédiatement employables » (le rêve de l’homo œconomicus), l’université publique, elle, suffoque. 60 universités sur 75 risquent de finir l’année en déficit. Les budgets de recherche stagnent, les bâtiments se dégradent et les places manquent.

Vos données valent de l’or

Avez-vous déjà reçu des mails ou des SMS d’écoles auxquelles vous ne pensiez même pas avoir donné votre numéro ? Bienvenue dans le marketing agressif de l’enseignement supérieur. Les salons d’orientation et les formulaires en ligne sont souvent des aspirateurs à données personnelles, utilisées ensuite au mépris du RGPD pour vous harceler commercialement.

Ces méthodes, dignes de la vente de forfaits téléphoniques, cachent souvent une réalité pédagogique médiocre. Certains groupes, comme Akalis-Collège de Paris, ont récemment perdu leur agrément, laissant des centaines d’étudiants sur le carreau avec des diplômes annulés. On est loin de la promesse d’excellence vendue sur papier glacé.

Comment ne pas se faire avoir ?

Face à ce système qui favorise le « business de l’éducation », la vigilance est votre seule arme. Ne vous fiez pas aux plaquettes brillantes ni aux noms ronflants qui imitent ceux des grandes écoles publiques.

  • Vérifiez les visas et les grades : Cherchez les mentions « Visa du ministère de l’Enseignement supérieur » ou « Grade de Licence/Master ».
  • Méfiez-vous des « Mastères » : Ce terme n’est pas protégé, contrairement au Master universitaire.
  • Consultez les labels officiels : Regardez si la formation est auditée par la CTI (ingénieurs) ou la CEFDG (commerce).

Actualités

Abonne toi à la Newsletter

Acquisition > Newsletter : Sidebar