Qui est Fabrizio Corona, le roi des paparazzi qui a fait trembler l’Italie ?

Si vous avez binge-watché la nouvelle série documentaire « Paparazzi King » débarquée sur Netflix le 9 janvier, vous vous demandez sûrement si ce scénario est réel. Spoiler : oui, et la réalité dépasse largement la fiction. Fabrizio Corona n’est pas juste un photographe people. C’est une anomalie du système, un mélange explosif de Scarface et de Robin des Bois (version toxique), qui a passé sa vie à faire trembler les footballeurs, les politiques et les influenceurs.
fabrizio corona

L’héritier devenu l’ennemi public n°1

Pour comprendre le phénomène, il faut remonter aux origines. Né en Sicile en 1974, Fabrizio n’était pas prédestiné à la rubrique faits divers. Fils de Vittorio Corona, un journaliste respecté, il grandit dans les coulisses du pouvoir médiatique. Mais là où son père cherchait la vérité, Fabrizio a vu une opportunité de business.

Au début des années 2000, il fonde l’agence « Corona’s ». Son modèle ? Industrialiser le scoop. Il ne se contente pas de vendre des photos à des magazines ; il comprend que l’information est une arme. C’est l’époque de l’Italie berlusconienne, où la frontière entre show-business, politique et vie privée n’existe quasiment plus. Corona devient le visage de cette dérive : beau gosse, tatoué, arrogant, il incarne une réussite basée sur le cynisme.

La méthode Corona : Le business du silence

fabrizio corona go

C’est ici que l’histoire bascule dans le polar. L’affaire « Vallettopoli » éclate en 2007 et révèle le modus operandi de l’agence. Corona ne vendait pas toujours ses photos à la presse. Parfois, il les proposait… aux personnes photographiées.

Le principe était simple : payer pour que les photos disparaissent. La justice a qualifié cela d’extorsion, Corona appelait cela du business. Les chiffres de ces transactions forcées donnent le vertige et illustrent la pression exercée sur les stars du Calcio :

  • 25 000 euros : C’est la somme que l’attaquant français David Trezeguet a dû verser pour empêcher la publication de photos le montrant avec une femme qui n’était pas son épouse.
  • 18 500 euros : Le montant payé par le club de l’AC Milan pour protéger le défenseur Francesco Coco, photographié dans une situation compromettante sur un yacht.
  • 50 000 euros : Des sommes évoquées pour d’autres célébrités comme Francesco Totti ou Michelle Hunziker.

Le cas de l’attaquant brésilien Adriano est encore plus sordide : Corona a été accusé d’avoir utilisé des photos d’une fête privée en faisant croire au joueur qu’il pouvait les manipuler pour y faire apparaître de la fausse cocaïne s’il ne payait pas.

La case prison : 13 ans de condamnation

La justice italienne n’a pas été tendre. Au total, le cumul des peines de Fabrizio Corona a atteint 13 ans et 2 mois de prison ferme. Un record pour des délits d’opinion et d’extorsion, que beaucoup en Italie jugent disproportionné par rapport à des crimes de sang.

Il a passé exactement 823 jours derrière les barreaux, notamment à la prison de Milan-Opera. Mais même en détention, Corona reste un showman. Il transforme sa cellule en scène de théâtre, lance une ligne de vêtements, écrit des livres et continue de fasciner.

Sa santé mentale, cependant, se dégrade. Diagnostiqué avec un narcissisme pathologique et des troubles de la personnalité, il a avoué consommer un cocktail chimique effrayant pour tenir le coup : plus de 100 comprimés par jour, mélangeant psychotropes, somnifères et compléments alimentaires. Son addiction passée à la cocaïne et ses crises de violence contre les policiers (filmées et diffusées sur ses propres réseaux) dessinent le portrait d’un homme en roue libre.

Le grand retour : Lanceur d’alerte ou opportuniste ?

Sorti de prison, Fabrizio Corona a changé de stratégie. Fini le chantage privé, place au « doxxing » public. En 2023, il se réinvente en lanceur d’alerte via son site Dillingernews. C’est lui qui fait exploser l’énorme scandale des paris sportifs illégaux en Italie.

Il balance les noms avant la police : Nicolo Fagioli (Juventus), Sandro Tonali (Newcastle), Nicolo Zaniolo (Galatasaray). Il accuse le système du football de savoir et de laisser faire. Pour ses apparitions télévisées où il distille ces informations au compte-gouttes, la chaîne publique RAI lui aurait versé jusqu’à 12 000 euros par émission.

Cette nouvelle posture de « Robin des Bois » qui « vole aux riches pour se donner à lui-même » (selon ses propres mots) divise. Est-il devenu un justicier de la transparence ou cherche-t-il simplement à monétiser le chaos qu’il génère ?

2025 : L’affaire Ferragnez

Comme s’il ne pouvait pas s’arrêter, Corona s’est récemment invité dans le divorce le plus médiatisé d’Italie : celui de l’influenceuse Chiara Ferragni et du rappeur Fedez. En janvier 2025, il révèle les détails crus de l’infidélité présumée de Fedez, évoquant une maîtresse cachée pendant des années et même une tentative de suicide du rappeur.

Encore une fois, Corona est au centre du village médiatique, forçant les protagonistes à réagir à son agenda. Il prouve qu’à 50 ans, sa capacité de nuisance — ou d’information, selon le point de vue — reste intacte.

Faut-il regarder « Paparazzi King » ?

La série documentaire en 5 épisodes disponible sur Netflix ne cherche pas à rendre Fabrizio Corona sympathique. Elle dresse le constat d’une époque où l’information est devenue une marchandise toxique. Si vous voulez comprendre comment un seul homme a réussi à tenir en respect l’élite du sport et du spectacle italien pendant deux décennies, c’est le programme à ne pas rater ce mois-ci.

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