On a tous déjà entendu, ou vécu, cette scène gênante : franchir la porte d’un salon de coiffure et s’entendre dire « Désolé, on ne sait pas traiter votre type de cheveu ». Cette phrase, qui sonne comme un aveu d’échec professionnel, est souvent le point de départ d’un parcours du combattant pour les personnes aux cheveux afro, bouclés, frisés ou crépus.
Mais le vent tourne. La gouverneure Kathy Hochul a signé une législation historique. À New York, le temple mondial de la mode et de la diversité, savoir coiffer un cheveu crépu ne sera bientôt plus une « option » ou une spécialité coûteuse, mais un prérequis de base pour obtenir son diplôme.
Un vide pédagogique qui frôle la discrimination
Le paradoxe américain est frappant : alors que plus de 60 % de la population possède des cheveux texturés, les manuels scolaires de cosmétologie sont restés bloqués sur un standard unique : le cheveu lisse. Jusqu’à cette réforme, seuls 8 États sur 50 considéraient l’apprentissage des textures afro comme indispensable.
« Les standards actuels ne préparent souvent pas suffisamment les professionnels. Ce fossé impacte de manière disproportionnée les femmes de couleur. » — Jamaal Bailey, sénateur de l’État de New York.
Pour Michaelle Solages, représentante à l’origine du texte, il s’agit d’une réponse directe à la discrimination capillaire. Ne pas savoir coiffer un client à cause de sa nature de cheveux, c’est une forme d’exclusion qui pousse souvent les femmes à lisser leurs boucles pour « coller » à des standards professionnels lissés.
Ce qui va concrètement changer dans les cursus
Pas besoin de rallonger les années d’études : le volume horaire reste le même, mais le contenu est totalement redistribué pour coller à la réalité de la rue. Voici les nouvelles compétences que les futurs coiffeurs new-yorkais devront valider :
- Analyse systématique : Étude de tous les types de cheveux, du plus raide au plus crépu.
- Soins spécifiques : Maîtrise de l’hydratation profonde et des produits adaptés aux cheveux naturels.
- Techniques de protection : Apprentissage du tressage, de la pose et du retrait d’extensions.
- Coiffage naturel : Mise en forme des boucles et brushing adapté sans dénaturer la fibre.
L’objectif est clair : permettre à n’importe quel client d’entrer dans n’importe quel salon avec la certitude d’être pris en charge avec expertise. Un enjeu symbolique, mais aussi économique, puisque le marché des cheveux texturés est en pleine explosion aux États-Unis.
Et en France, on en est où ?
Chez nous, le constat est quasi identique. On estime que 20 % de la population française a les cheveux bouclés, frisés ou crépus. Pourtant, le fameux CAP Coiffure, passage obligé pour ouvrir son salon, reste très évasif sur le sujet. Le programme est tellement dense que les textures « non-lisses » passent souvent à la trappe.
Certes, une petite victoire a eu lieu récemment : depuis septembre 2023, l’Éducation nationale propose un diplôme spécifique pour les cheveux texturés. Mais attention, il y a un « hic » : contrairement à la future règle new-yorkaise, cette formation reste optionnelle en France.
- En France, la formation dure environ 200 heures.
- Elle est accessible après le CAP de base.
- Elle n’est pas obligatoire pour exercer.
La décision de New York pourrait bien servir d’électrochoc à l’industrie française de la beauté. Car si les mentalités évoluent, la technique doit suivre. Comme le soulignent de nombreux professionnels du secteur, la véritable inclusion commence sur les bancs de l’école, avec un peigne et une paire de ciseaux adaptés à tout le monde.
















