Huit voix françaises stars mettent en demeure des géants de l’IA

Huit comédiens de doublage iconiques viennent de mettre en demeure deux géants américains de l’intelligence artificielle pour avoir cloné leurs voix sans autorisation. Cette action collective inédite en France marque le début d’un bras de fer juridique historique pour la survie du métier de doubleur.
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Le vol des voix : quand l’IA s’approprie Hollywood

Imaginez pouvoir faire dire n’importe quoi à la voix française d’Harrison Ford ou d’Angelina Jolie contre un petit abonnement mensuel. C’est précisément ce que proposent Voice Dub et Fish Audio, deux plateformes américaines dans le viseur de la justice française. Ces sociétés utilisent la technologie « text-to-speech » pour transformer n’importe quel texte écrit en bande audio, en utilisant des clones numériques de nos doubleurs préférés.

Parmi les requérants, on retrouve des légendes du milieu comme Richard Darbois (la voix de Buzz l’Éclair, Richard Gere et Patrick Swayze), Françoise Cadol (Angelina Jolie, Sandra Bullock) ou encore Christophe Lemoine (Cartman dans South Park). Ils ont découvert avec stupeur que leurs timbres de voix, travaillés durant des décennies, étaient vendus dans des catalogues numériques sans qu’ils n’aient touché le moindre centime, ni donné leur accord.

« Tout se passe sans notre autorisation, on parasite notre interprétation, on est néantisé, piraté. C’est notre métier, on vit de notre voix », s’alarme Françoise Cadol auprès de l’AFP.

Une action en justice inédite sur le sol français

Accompagnés par leur avocat Me Jonathan Elkaim, les huit comédiens ont frappé fort en envoyant des mises en demeure officielles le 30 janvier dernier. Ils exigent le retrait immédiat des modèles de clonage exploitant leurs voix sous huit jours. Mais ce n’est pas tout : ils réclament également 20 000 euros de dommages et intérêts chacun pour le préjudice subi.

Le message est clair : la voix n’est pas une simple donnée informatique que l’on peut « moissonner » sur le web. En France, la voix est protégée par le droit d’auteur et le droit à la vie privée. L’argument des sociétés américaines, qui pensent être hors de portée grâce à leur siège social outre-Atlantique, risque de ne pas tenir longtemps. Comme le précise leur avocat, dès lors que le service est vendu et accessible en France, c’est la loi française qui s’applique.

« Touche pas à ma VF » : un mouvement qui dépasse nos frontières

Cette colère ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs mois, le collectif « Touche pas à ma VF » alerte sur les dérives de l’IA générative. Leur slogan est simple : un doublage créé par des humains, pour des humains. Les comédiens craignent d’être remplacés par des versions « low cost » et désincarnées d’eux-mêmes, privant le public de l’émotion et de la subtilité d’un jeu d’acteur réel.

Ce combat fait écho à des polémiques mondiales. Aux États-Unis, la star Scarlett Johansson avait déjà fait plier OpenAI (le créateur de ChatGPT) après l’utilisation d’une voix étrangement similaire à la sienne. Plus récemment, Matthew McConaughey a même déposé ses empreintes vocales auprès de l’Institut américain de la propriété intellectuelle pour se protéger des « pilleurs » numériques.

  • Le risque : Une banalisation du clonage vocal pour la pub, les jeux vidéo ou les documentaires sans payer les artistes.
  • L’enjeu : Définir si une voix peut être considérée comme une propriété inaliénable.
  • La suite : Si les plateformes ne répondent pas, l’affaire se terminera devant un tribunal français pour une assignation en justice.

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