C’est un scénario de film qui se joue en ce moment même à Washington. Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense de Donald Trump, a posé un ultimatum très clair à Dario Amodei, le patron d’Anthropic : vous avez jusqu’à vendredi, 23h01 (heure française), pour lever tous les garde-fous éthiques de votre IA, Claude. Si la start-up californienne refuse, le gouvernement menace d’utiliser l’artillerie lourde juridique.
Le Pentagone ne demande pas poliment. Il veut un accès total aux capacités de l’intelligence artificielle pour n’importe quel usage jugé « légal » par l’armée. Le problème ? Anthropic a construit toute son identité sur la sécurité et refuse catégoriquement deux choses :
- L’utilisation de Claude pour la surveillance de masse des populations.
- L’automatisation d’attaques mortelles (les fameux robots tueurs autonomes).
Pour l’administration Trump, ces limites sont perçues comme une idéologie « woke » qui freinerait la domination technologique des États-Unis. Emil Michael, sous-secrétaire à la Défense, a été très cash dans les colonnes de Defense One : pour lui, l’IA est la nouvelle « Destinée manifeste » de l’Amérique. Traduction : on fonce, et tant pis pour les principes.
« Il n’y a pas de récompense pour la deuxième place dans la course mondiale à la domination de l’IA. » — Emil Michael, département de la Défense.
Si Anthropic ne plie pas d’ici vendredi soir, les sanctions prévues sont massives et pourraient couler l’entreprise, pourtant valorisée à 380 milliards de dollars. Pete Hegseth menace d’activer le « Defense Production Act », une loi datant de la guerre de Corée (1950) qui permet de réquisitionner des entreprises privées pour les besoins de la défense nationale.
Plus grave encore pour son image, la start-up pourrait être inscrite sur la liste des sociétés présentant un « risque lié à la chaîne d’approvisionnement ». Un club très fermé où l’on ne trouve normalement que des ennemis d’État comme le Chinois Huawei ou le Russe Kaspersky. Ce serait une première historique pour une pépite de la Silicon Valley.
- 200 millions de dollars : C’est le montant du contrat actuel qui lie Anthropic au gouvernement et qui pourrait être annulé.
- 1950 : L’année de la loi que le Pentagone veut exhumer pour forcer la main aux ingénieurs.
- Zéro : Le nombre d’entreprises américaines actuellement sur la « liste noire » où le Pentagone veut placer Anthropic.
Alors que des concurrents comme OpenAI (ChatGPT), Google (Gemini) ou xAI (Grok, l’IA d’Elon Musk) semblent avoir accepté les conditions du Pentagone, Anthropic se retrouve isolée. La start-up a publié début 2026 une « Constitution » pour son IA, une sorte de code moral intégré directement dans le code pour empêcher les dérives dangereuses. Pour le Pentagone, ces lignes de code sont des obstacles à la victoire.
Selon le média l’Humanité, le PDG Dario Amodei aurait déjà commencé à céder sous la pression ce jeudi matin. Mais l’affaire n’est pas terminée : le Financial Times rapporte que la start-up pourrait porter l’affaire devant les tribunaux pour protéger l’indépendance de sa technologie. On assiste peut-être au premier grand divorce entre l’éthique de la Silicon Valley et les ambitions militaires de l’ère Trump.
Pour nous, utilisateurs de Claude au quotidien, cela pose une question vertigineuse : une intelligence artificielle peut-elle rester « neutre » et « éthique » quand la plus grande puissance militaire du monde décide qu’elle doit devenir une arme ? Le compte à rebours de vendredi nous donnera un premier élément de réponse.








