Un pivot à 60 milliards
L’ascension de Michael Truell n’était pas écrite d’avance. Fondée en 2022 avec ses camarades du MIT — Aman Sanger, Sualeh Asif et Arvid Lunnemark — Anysphere a connu des débuts difficiles. Leur première tentative d’assistant pour ingénieurs mécaniques fut un échec commercial. C’est en pivotant vers un éditeur de code généraliste dopé à l’IA que le succès a explosé : Cursor est passé de 100 millions de revenus annuels en 2024 à plus de 2 milliards de dollars en février 2026.
« C’est l’entreprise à la croissance la plus rapide que nous ayons jamais vue », confie Martin Casado, associé chez Andreessen Horowitz.
L’intégration verticale de Musk
Pour Elon Musk, cette opération est une pièce maîtresse de sa stratégie pour SpaceX. À l’approche d’une IPO historique visant une valorisation de 1 750 milliards de dollars, SpaceX ne veut plus seulement envoyer des fusées ou opérer Starlink : le groupe veut maîtriser toute la chaîne de valeur de l’IA. En fusionnant avec xAI et en sécurisant Cursor, Musk verrouille l’interface de travail de millions de développeurs.
Les enjeux techniques du partenariat
- Accès au calcul : Cursor, limité par les coûts d’inférence, obtient un accès direct au cluster Colossus, l’infrastructure de calcul la plus puissante du moment.
- Rivalité frontale : Cursor devient l’arme principale contre les outils de codage d’OpenAI et d’Anthropic (Claude Code).
- Développement de Composer : L’effort conjoint se concentre sur l’entraînement de « Composer », le modèle interne de Cursor, conçu pour automatiser des pans entiers de la programmation.
Une structure de deal inédite
SpaceX a opté pour une approche prudente. Plutôt qu’un rachat immédiat, le groupe a sécurisé une option d’achat structurée :
- Acquisition : Option d’achat à 60 milliards de dollars, activable après l’IPO de SpaceX en juin 2026.
- Collaboration : En cas de non-exercice de l’option, SpaceX versera 10 milliards de dollars à Anysphere pour sceller leur partenariat technologique.
Défis et turbulences
Malgré cette valorisation stratosphérique, le chemin n’est pas sans obstacles. Cursor fait face à une concurrence accrue et à des rumeurs de désengagement d’utilisateurs critiques. De plus, le modèle économique reste sous tension, la startup dépendant encore des modèles de ses concurrents (OpenAI/Anthropic) pour alimenter son éditeur. Le recrutement de deux ingénieurs clés de Cursor par SpaceX et xAI plus tôt cette année illustrait déjà, en coulisses, la volonté de Musk d’absorber ce savoir-faire technique.
Le succès de cette opération dépendra désormais de la capacité de Michael Truell à maintenir la culture agile de sa startup tout en s’intégrant au rythme industriel imposé par les équipes de SpaceX. Pour le jeune CEO, l’objectif demeure inchangé : faire de Cursor non pas un simple plugin, mais le système d’exploitation par défaut de la programmation assistée par intelligence artificielle.








