La rupture conventionnelle, c’était quoi le “bon plan” ?
Créée en 2008, la rupture conventionnelle permet à un salarié et à son employeur de se mettre d’accord pour rompre un CDI. Contrairement à une démission, elle ouvre droit à :
- une indemnité de départ au moins égale à l’indemnité légale de licenciement ;
- des allocations chômage, si tu remplis les conditions d’affiliation ;
- un départ sans conflit ouvert, en évitant la voie du licenciement ou des prud’hommes.
Sur le papier, le dispositif est gagnant-gagnant. Dans la réalité, il est devenu un réflexe pour beaucoup de salariés qui veulent partir proprement, surtout après le Covid. En 2024, environ 515 000 ruptures conventionnelles ont été signées, soit une hausse d’environ 17 % en cinq ans. Elles représentent désormais près d’un quart des dépenses d’allocations chômage. De quoi attirer l’attention du gouvernement.
Pourquoi la rupture conventionnelle est dans le viseur du gouvernement
Pour le ministère du Travail, la rupture conventionnelle coûte trop cher et s’éloigne de son objectif initial. À l’origine, elle devait être une solution encadrée pour éviter les conflits. Aujourd’hui, elle remplace souvent une démission ou un licenciement classique.
Les pouvoirs publics évoquent aussi des abus. Certains responsables politiques accusent des salariés de profiter d’une période de chômage “confortable” après une rupture conventionnelle. Dans un contexte de recherche d’économies, ce discours prépare clairement le terrain à un durcissement des règles.
Des pistes de réforme qui changent la donne
Plusieurs scénarios sont sur la table pour rendre la rupture conventionnelle moins attractive ou plus encadrée :
- réduire la durée pendant laquelle tu peux toucher le chômage après une rupture co ;
- allonger le différé d’indemnisation (la période d’attente avant le premier versement) en fonction du montant de tes indemnités ;
- inclure davantage d’indemnités dans ce différé, pour retarder l’accès aux allocations ;
- renforcer la taxation côté employeur, pour que l’entreprise hésite plus avant d’accepter.
Rien n’est totalement figé, mais un point fait consensus : le dispositif sera durci d’une façon ou d’une autre. Et les jeunes actifs risquent d’en sentir les effets très vite.
Pourquoi c’est plus compliqué pour les jeunes actifs
Les moins de 30 ans utilisent massivement la rupture co. Pour beaucoup, c’est le seul moyen de quitter un job qui ne leur convient plus sans se retrouver sans revenus.
Quand tu débutes, tu as souvent :
- un loyer élevé (surtout en grande ville) ;
- peu ou pas d’épargne ;
- un marché de l’emploi parfois tendu dans ton secteur ;
- un besoin de flexibilité pour changer de voie ou se reconvertir.
La rupture conventionnelle sert alors de filet de sécurité pour encaisser une période de transition. Mais face au durcissement à venir, ce plan devient plus difficile à activer.
Une négociation souvent déséquilibrée
Sur le terrain, beaucoup de jeunes actifs racontent la même chose : l’employeur sait qu’ils “n’y connaissent rien” et joue sur ce rapport de force. Résultat :
- refus catégorique de toute rupture co, même en cas de désaccord profond ;
- acceptation au strict minimum légal, sans indemnités supplémentaires ;
- pression pour pousser le salarié à démissionner plutôt que négocier.
Les réseaux sociaux, TikTok en tête, regorgent de vidéos de “coachs” expliquant comment obtenir une rupture conventionnelle, quels arguments utiliser, quoi dire en entretien. Mais il faut le rappeler : la rupture co est un accord facultatif. L’employeur peut toujours dire non, même si tes arguments sont solides.
Ce que ça change pour toi si tu envisages une rupture conventionnelle
Si tu penses à une rupture conventionnelle pour quitter ton CDI, le contexte actuel doit vraiment entrer dans ta réflexion. Tu ne peux plus compter sur ce dispositif comme si c’était un droit automatique.
1. Intégrer le fait que ce n’est pas un droit
La rupture co n’est pas un bouton magique pour quitter son job avec le chômage garanti. C’est un contrat négocié entre toi et ton employeur. Si ta boîte refuse, tu as trois options :
- rester en poste ;
- tenter une autre négociation (mobilité, aménagement, formation) ;
- partir par une démission classique, avec toutes les conséquences que ça implique.
2. Préparer ton argumentaire et ton timing
Pour maximiser tes chances, il faut arriver préparé. Tu peux :
- montrer que la relation de travail est en bout de course, sans conflit explosif ;
- expliquer ton projet sérieux (reconversion, reprise d’études, déménagement) ;
- rester calme, factuel, éviter les attaques personnelles ;
- choisir un moment où l’entreprise n’est pas en pleine crise.
Si tu arrives en mode “je veux juste partir et toucher le chômage”, tu prends le risque de fermer la discussion immédiatement.
3. Te renseigner sur tes droits avant d’ouvrir la discussion
Avant même de demander une rupture conventionnelle, il est utile de :
- regarder ton ancienneté et simuler ton indemnité minimale ;
- te renseigner sur les conditions d’accès au chômage et la durée d’indemnisation ;
- prendre un avis auprès d’un syndicat, d’un juriste ou d’une permanence d’information gratuite ;
- te préparer à l’idée que le régime soit moins favorable dans les prochains mois.
4. Prévoir un plan B réaliste
Même si ton objectif est d’obtenir une rupture co, tu gagnes à anticiper un scénario sans rupture conventionnelle :
- peut-être rester quelques mois de plus pour épargner ;
- lancer tes recherches d’emploi avant de partir ;
- te former pendant ton temps libre pour élargir tes options ;
- réfléchir à une démission ensuite, si tu peux encaisser une période sans revenu.
Un dispositif en mutation, une stratégie à revoir
La rupture conventionnelle n’est pas morte, mais elle n’est plus ce “joker” accessible et généreux pour tous les jeunes actifs. Entre les pistes de réforme, la pression budgétaire et la méfiance des employeurs, chaque demande va se jouer plus serré.
Si tu débutes dans la vie pro, le message est clair : il reste possible de négocier une rupture co, mais il faut la voir comme une option parmi d’autres, pas comme une évidence. Comprendre les enjeux, préparer ton dossier et anticiper l’avenir deviennent indispensables pour garder la main sur ton parcours.
















