Moins 8% de viralité : comment le travail des journalistes freine les fake news

On a tous déjà vécu cette scène : vous scrollez tranquillement sur Facebook, et vous tombez sur une info qui semble trop énorme pour être vraie. Un clic plus tard, une bannière grise vous avertit que ce contenu a été vérifié par des journalistes indépendants et qu’il est faux. Votre réflexe ? Vous passez votre chemin. C’est exactement ce mécanisme que des chercheurs viennent d’analyser. Une étude récente menée par SciencesPo et l’Université de Liège prouve enfin l’efficacité du fact-checking : l’intervention des journalistes fait chuter la viralité des infox de 8%. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité plus complexe sur nos propres comportements en ligne.
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La science valide l’impact des vérificateurs

Pendant longtemps, la question se posait : est-ce que les bataillons de journalistes qui traquent les fausses informations sur les réseaux sociaux ne se battent pas contre des moulins à vent ? La réponse est non. Une étude d’envergure, publiée en décembre, vient apporter une validation statistique au travail de vérification.

Menée sur un an et demi en partenariat avec le service d’investigation numérique de l’AFP, cette recherche a comparé deux trajectoires : celle des publications laissées en roue libre et celle des publications ayant reçu une étiquette « Faux » ou « Partiellement faux ». Le résultat est sans appel : une info épinglée voit sa viralité baisser de 8% en moyenne.

Ce chiffre peut sembler modeste au premier abord, mais à l’échelle des milliards d’interactions sur Facebook, il représente un frein massif à la propagation de la désinformation. Julia Cagé, économiste et chercheuse ayant participé à l’étude, insiste sur le fait que cet effet est « significatif d’un point de vue statistique ». C’est une première victoire tangible pour les défenseurs de l’information vérifiée.

L’effet double lame : Algorithme et Psychologie

Comment expliquer cette baisse ? L’étude révèle que le fact-checking agit sur deux leviers simultanés. D’abord, il y a la « mécanique » de la plateforme. Meta, la maison mère de Facebook, a mis en place des accords avec des médias (comme l’AFP) pour lutter contre la désinformation. Lorsqu’un contenu est tagué comme faux, l’algorithme de Facebook réduit automatiquement sa visibilité dans le fil d’actualité. Moins de vues, donc moins de partages.

Mais le second levier est purement humain, et c’est sans doute le plus fascinant. L’intervention des journalistes modifie notre comportement. L’étude montre qu’un utilisateur qui a partagé une fausse information, et qui voit ensuite celle-ci signalée comme telle, change d’attitude.

Pour un utilisateur lambda, le fait d’avoir partagé une fausse information qui va être signalée comme fausse, ça va réduire sur le court terme son utilisation des réseaux sociaux.

Julia Cagé explique que cet utilisateur va non seulement moins partager de contenus dans l’immédiat, mais il va surtout devenir plus prudent et moins relayer de fausses informations par la suite. C’est un effet pédagogique, voire dissuasif : personne n’aime être pris en flagrant délit de partage de mensonge.

Guerre vs Climat : toutes les fake news ne meurent pas de la même façon

L’étude apporte une nuance cruciale : l’efficacité du fact-checking est à géométrie variable. Tous les sujets ne se valent pas face à la correction. Les chercheurs ont noté une grande hétérogénéité dans les résultats.

  • Le facteur temps : La rapidité est essentielle. Plus la vérification tombe vite après la publication du post viral, plus la baisse de viralité est forte. Intervenir quand l’incendie est déjà éteint ne sert pas à grand-chose.
  • Le facteur thématique : C’est la surprise de l’étude. Le fact-checking s’est révélé redoutablement efficace sur les infox concernant la guerre en Ukraine. En revanche, son impact est beaucoup plus limité sur les sujets touchant à la santé ou à l’environnement.

Cela suggère que sur des sujets très polarisants ou touchant aux croyances personnelles (comme la santé), l’étiquette « Faux » a plus de mal à convaincre ou à freiner le partage, contrairement à des faits géopolitiques plus vérifiables factuellement.

Une motivation pour les rédactions

Pour les journalistes spécialisés dans l’investigation numérique, ces résultats sont un carburant nécessaire. Nina Lamparski, adjointe à la rédaction en chef de l’investigation numérique à l’AFP, souligne que même si la lutte reste difficile, savoir que leur travail fait une « réelle différence » est motivant. Cela confirme la nécessité d’intensifier le travail, d’aller plus vite, et de rendre les corrections toujours plus visibles.

Alors, la prochaine fois que vous verrez ce petit bandeau gris sur Facebook, vous saurez qu’il ne s’agit pas juste d’une décoration, mais d’un véritable pare-feu contre le chaos informationnel. Et vous, vérifiez-vous la source avant de cliquer sur « Partager » ? Prenez le temps de le faire, c’est le meilleur moyen de ne pas se faire fact-checker.

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