Spoiler : le statut parfait n’existe pas. Il existe seulement un statut adapté à votre niveau de revenus actuel et à votre maturité entrepreneuriale. Que vous soyez développeur, graphiste ou consultant, l’objectif est de ne pas se griller administrativement pour la suite.
Freelance, ce n’est pas un statut (c’est un mode de vie)
Commençons par dissiper un malentendu tenace. Juridiquement, « freelance », ça n’existe pas. C’est une façon de travailler, pas une case dans le formulaire des impôts. En réalité, vous devez choisir un véhicule juridique pour transporter votre activité.
En France, le match se joue principalement entre deux philosophies :
- L’Entreprise Individuelle (dont la Micro-entreprise) : C’est vous, en votre nom propre. Simple, léger.
- La Société (EURL ou SASU) : Vous créez une « personne morale » distincte de vous. Plus lourd, mais plus protecteur et flexible à haut niveau.
La Micro-entreprise : La case départ idéale pour 90 % des gens
Si vous débutez et que vous n’avez pas encore de visibilité sur votre chiffre d’affaires, arrêtez de vous torturer l’esprit : la micro-entreprise est souvent la meilleure option.
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
La micro-entreprise (ex-auto-entrepreneur) est comme les petites roulettes sur un vélo. C’est fait pour apprendre sans se faire mal.
- Zéro chiffre d’affaires = Zéro charges : Contrairement aux sociétés où des frais fixes peuvent courir, ici, si vous ne facturez rien, vous ne payez rien.
- Gestion ultra-légère : Pas de bilan comptable, pas d’assemblée générale annuelle. Vous déclarez vos recettes, vous payez un pourcentage (environ 22 % en prestation de services), et c’est fini.
- L’effet ACRE : Si vous êtes éligible, cette aide réduit vos charges sociales de moitié la première année. C’est un boost de trésorerie énorme pour démarrer.
Le conseil d’ami : Ne cherchez pas à optimiser fiscalement des revenus que vous n’avez pas encore. L’erreur classique est de monter une « usine à gaz » (SASU) pour facturer 500 € par mois. La charge mentale administrative va tuer votre créativité.
Les limites à connaître
La micro a des plafonds (77 700 € pour les services en 2025/2026). Surtout, vous ne pouvez pas déduire vos charges. Si vous avez besoin d’acheter 15 000 € de matériel pour démarrer, ce statut n’est pas rentable car vous paierez des cotisations sur votre chiffre d’affaires brut, pas sur votre bénéfice réel.
EURL ou SASU : Quand faut-il passer à la vitesse supérieure ?
Votre activité décolle ? Vous dépassez les plafonds ? Vous avez des frais importants (bureaux, sous-traitants) ? Il est temps de passer en société. C’est là que le duel éternel commence : EURL contre SASU.
Ces deux statuts sont des sociétés unipersonnelles. Elles protègent votre patrimoine personnel (responsabilité limitée aux apports) et vous permettent de déduire vos frais réels (ordinateur, déplacements, repas pro…). Mais elles fonctionnent très différemment.
Le grand match : EURL vs SASU
Pour faire votre choix, vous devez répondre à trois questions financières et stratégiques.
1. Le match du portefeuille : Charges sociales et revenus nets
Si votre but unique est de maximiser votre revenu net mensuel (ce qui tombe dans votre poche à la fin du mois), l’EURL gagne souvent le match.
- EURL (Statut TNS – Travailleur Non Salarié) : Les charges sociales sont d’environ 45 % de votre rémunération nette. C’est le statut le moins « cher » en cotisations.
- SASU (Statut Assimilé Salarié) : Vous êtes rattaché au régime général (comme un salarié classique, mais sans chômage). Les charges explosent à environ 80-82 % du net.
2. Le match de la protection sociale
C’est le revers de la médaille. Puisque vous cotisez plus cher en SASU, vous êtes généralement mieux protégé, notamment sur la retraite et les accidents du travail. En EURL, la protection est correcte, mais souvent jugée un peu plus faible (bien que cela s’améliore d’année en année).
3. Le match stratégique : Dividendes et Pôle Emploi (ARE)
C’est souvent le critère décisif pour les freelances qui lancent leur activité après une rupture conventionnelle.
Si vous touchez les allocations chômage (ARE), la SASU est la reine. Pourquoi ?
- Vous pouvez décider de ne pas vous verser de salaire (donc 0 charge sociale).
- Vous vivez avec vos indemnités Pôle Emploi.
- À la fin de l’année, vous sortez les bénéfices de la société en dividendes. En SASU, les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales (contrairement à l’EURL où ils le sont au-delà de 10 % du capital).
C’est le montage classique : SASU à l’IS (Impôt sur les Sociétés) + Maintien des ARE + Dividendes en fin d’année.
Verdict : Quel profil êtes-vous ?

Pour résumer et vous éviter les maux de tête, voici les profils types.
Le profil « Testeur & Prudent » ➝ Micro-entreprise
Vous vous lancez, vous avez peu de frais, vous voulez tester votre marché sans risque et sans comptable. C’est le passage obligé pour valider votre modèle.
Le profil « Maximisateur de Revenus » ➝ EURL
Votre business tourne bien, vous n’avez plus droit au chômage, et vous voulez optimiser ce que vous gagnez chaque mois en payant moins de charges sociales. Vous acceptez le statut de TNS (Indépendant).
Le profil « Chômeur Créateur » ou « Start-upper » ➝ SASU
Vous bénéficiez de l’ARE et voulez cumuler vos droits avec des dividendes futurs sans payer de charges sociales dessus. Ou alors, vous prévoyez de faire entrer des investisseurs rapidement (la SASU se transforme facilement en SAS).
L’erreur à ne pas commettre
Ne restez pas figé. Un statut, ça se change. Beaucoup commencent en micro-entreprise, passent en SASU pour sécuriser leurs ARE, puis basculent en EURL une fois les droits au chômage terminés pour optimiser leur rémunération. L’important, c’est de commencer.
















