De 3 % à 1,5 % : la fin de l’âge d’or de l’épargne réglementée
Il y a tout juste un an, en janvier 2025, le placement préféré des Français affichait encore un rendement royal de 3 %. Aujourd’hui, la fête est finie. La baisse actée pour ce mois de février 2026 marque une nouvelle étape dans la « normalisation » de l’épargne. Le Livret A, détenu par 57 millions de Français, et son jumeau le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS), s’alignent tous deux sur ce nouveau taux de 1,5 %.
Cette dégringolade n’est pas une punition arbitraire, mais une réponse mécanique à la conjoncture. La formule de calcul du taux dépend de deux facteurs majeurs :
- L’inflation hors tabac (qui est retombée à 0,8 % sur un an en décembre).
- Les taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE).
Paradoxalement, nous avons échappé au pire. Si le gouvernement avait appliqué la formule de calcul à la lettre, le taux aurait dû chuter aux alentours de 1,4 %. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a fait jouer son pouvoir de dérogation pour arrondir le chiffre à la hausse, et Roland Lescure a validé ce geste. L’objectif politique est clair : maintenir le rendement au-dessus de l’inflation pour préserver symboliquement le pouvoir d’achat, tout en redonnant de l’oxygène au financement du logement social.
Concrètement, combien allez-vous perdre ?
Les pourcentages, c’est bien, mais les euros, c’est plus parlant. Avec un taux divisé par deux en l’espace de 12 mois, le manque à gagner devient tangible sur votre relevé annuel d’intérêts. Si ce taux de 1,5 % se maintient toute l’année 2026, voici ce que cela donne pour différents profils d’épargnants :
- Pour un Livret A au plafond (22 950 €) : Vos intérêts annuels seront de 344 €, contre 496 € si le taux de 2025 avait perduré. C’est une perte sèche de plus de 150 €.
- Pour 10 000 € placés : Vous toucherez 150 € d’intérêts sur l’année, contre 216 € l’année précédente.
- Pour 5 000 € placés : Le gain se limite à 75 € pour l’année 2026.
Il faut donc se rendre à l’évidence : le Livret A redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, une simple poche de liquidité pour les coups durs, et non un outil pour faire fructifier son capital. Y laisser dormir des sommes importantes (au-delà de 3 à 6 mois de salaire de précaution) vous coûte désormais de l’argent en coût d’opportunité face à d’autres placements.
Le LEP : le dernier bastion à 2,5 %
Si vous avez moins de 35 ans, que vous débutez dans la vie active ou que vos revenus sont modestes, c’est l’information capitale de cet article. Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) sauve les meubles. Alors que la formule mathématique aurait dû le faire tomber à 1,9 %, le gouvernement a décidé de le maintenir artificiellement à 2,5 %.
« J’ai tenu à conserver un avantage marqué pour les plus modestes », a insisté Roland Lescure.
C’est un véritable cadeau fiscal et social. Le LEP offre désormais un point entier de rémunération supplémentaire par rapport au Livret A. Pour 10 000 € placés (le plafond du LEP), cela représente 250 € d’intérêts nets, soit 100 € de plus que sur un Livret A. Le problème ? Ce produit est massivement sous-utilisé. Sur les 30 millions de Français éligibles, à peine 12 millions en ont ouvert un. Il est crucial de vérifier votre éligibilité (basée sur le revenu fiscal de référence), car c’est aujourd’hui le seul placement garanti qui offre un rendement réel significatif.
Les gagnants de l’ombre : banques et logement social
Si la nouvelle fait grimacer les épargnants, elle est accueillie avec soulagement ailleurs. Pour comprendre la mécanique, il faut savoir où va l’argent du Livret A. Une grande partie est centralisée à la Caisse des Dépôts pour financer le logement social et la politique de la ville. Les prêts accordés aux bailleurs sociaux sont indexés sur le taux du Livret A.
Quand le taux était à 3 %, les bailleurs sociaux empruntaient cher, ce qui freinait la construction de HLM. Avec un taux à 1,5 %, leur dette s’allège considérablement, ce qui devrait théoriquement relancer les chantiers. C’est l’argument martelé par Bercy : accepter une baisse de rendement pour favoriser la construction de logements.
Les banques, elles aussi, respirent. Elles conservent une partie de la collecte à leur bilan. Avec la baisse du taux, le « coût de la ressource » diminue. Cela améliore leurs marges, mais pourrait aussi les inciter à proposer des « super livrets » fiscalisés ou des fonds en euros d’assurance-vie plus compétitifs pour attirer les déçus du Livret A.
Faut-il vider son Livret A ?
La réponse est nuancée. Malgré la baisse, le Livret A conserve des atouts imbattables qu’aucun autre produit financier ne cumule :
- La disponibilité totale : L’argent est viré sur votre compte courant en 10 secondes.
- La sécurité absolue : Le capital est garanti par l’État.
- La fiscalité nulle : Pas d’impôt sur le revenu, pas de prélèvements sociaux. 1,5 % brut équivaut à 1,5 % net.
Cependant, l’arbitrage est nécessaire. L’assurance-vie, notamment via les fonds en euros, retrouve des couleurs en ce début 2026 avec des rendements souvent supérieurs, bien que l’argent y soit moins liquide. La stratégie rationnelle pour 2026 est donc de remplir son LEP en priorité si l’on est éligible, de garder l’épargne de précaution stricte sur le Livret A, et de chercher ailleurs pour le reste.








