« Bilan désastreux », « chaos » : le parcours en Y du Bac Pro déjà sur la sellette

C’était la mesure phare de la dernière réforme de la voie professionnelle, censée révolutionner votre année de Terminale. Moins de deux ans après son lancement, le fameux parcours en Y (ou parcours différencié) est déjà sur le siège éjectable. En cause ? Une organisation qualifiée de « chaos » par les syndicats et un mea culpa à peine voilé du ministère de l’Éducation nationale.
parcours y

Un « bilan désastreux » unanimement partagé

Il est rare de voir l’administration et les syndicats tomber d’accord aussi vite. Lors du comité de suivi de la voie professionnelle qui s’est tenu ce jeudi 8 janvier 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, a dû se rendre à l’évidence : le dispositif ne fonctionne pas. Lancé lors de l’année scolaire 2024-2025, ce parcours imposait aux élèves de choisir, pour la fin de leur Terminale, entre deux options : une préparation à la poursuite d’études ou une insertion professionnelle immédiate.

Sur le papier, l’idée de personnaliser la fin du lycée semblait séduisante. Dans la réalité, les retours de terrain sont glacials. Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa-FO, n’y va pas par quatre chemins et décrit un « bilan désastreux ». Les établissements ont rapporté une désorganisation totale, notamment due au déplacement des examens au mois de mai pour libérer du temps en juin.

Les conséquences directes pour les lycéens ont été lourdes :

  • Une année scolaire amputée de plusieurs semaines de cours (jusqu’à 169 heures perdues selon certains syndicats).
  • Un taux d’absentéisme « colossal » constaté dès la fin des épreuves en mai.
  • Une gestion administrative qualifiée de « chaos organisé » au sein des lycées.

L’effet pervers de la gratification de stage

L’un des points de friction majeurs de ce parcours en Y réside dans son modèle économique, qui a fini par biaiser l’orientation des élèves. Le choix devait théoriquement se faire selon le projet d’avenir du lycéen : continuer en BTS ou aller travailler.

Mais le système a introduit un biais de taille : la gratification des stages. En optant pour le module « insertion professionnelle », les élèves partent en Période de Formation en Milieu Professionnel (PFMP) et touchent une gratification d’environ 100 euros par semaine. À l’inverse, le module de « poursuite d’études » garde les élèves en classe, sans rémunération supplémentaire.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. La majorité des élèves s’est tournée vers l’insertion professionnelle, non pas forcément par conviction, mais par intérêt financier. Ce phénomène a vidé les classes du module « poursuite d’études » de leur substance, rendant le dispositif inefficace pour ceux qui voulaient réellement préparer l’après-bac.

L’attrait pour la gratification encourage de fait les élèves à choisir le parcours Insertion Professionnelle, vidant le dispositif de son sens.

Vers un retour à la normale pour la rentrée 2026 ?

Face à ce constat d’échec, le ministère semble prêt à faire machine arrière. Edouard Geffray a évoqué des « ajustements nécessaires », mais en coulisses, on parle bien d’une suppression pure et simple du parcours différencié tel qu’il existe aujourd’hui. L’objectif serait de revenir à un calendrier plus classique, avec des examens positionnés fin juin, pour garantir aux élèves « plus et mieux d’école ».

Le calendrier va s’accélérer dans les prochaines semaines :

  • Janvier 2026 : Quatre semaines de concertation intense entre le ministère et les syndicats pour recueillir les expériences de terrain.
  • 22 février 2026 : Date butoir pour l’annonce officielle des arbitrages, juste avant la période de réserve électorale des municipales.
  • Avril 2026 : Lancement de groupes de travail pour une refonte plus large de l’enseignement professionnel (de la Segpa au BTS) prévue à l’horizon 2027-2028.

Pour les syndicats comme le SE-Unsa ou le Snec-CFTC, c’est une victoire après deux ans d’alertes sur la « non-faisabilité » du projet. Ils réclament désormais de redonner de l’autonomie aux établissements et de récupérer les heures d’enseignement perdues.

Si vous êtes actuellement en Première Bac Pro, attendez-vous donc à ce que votre année de Terminale ne ressemble pas à celle de vos prédécesseurs. Le « parcours en Y » pourrait bien n’avoir été qu’une parenthèse de deux ans dans l’histoire du lycée professionnel.

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