Un siège mérité parmi les grands de la Tech
Il siège désormais aux côtés de figures incontournables comme Marc Simoncini (Meetic), Anthony Bourbon (Feed) ou encore Kelly Massol (Les Secrets de Loly). Mais n’allez pas croire que Jonathan Anguelov est là pour faire de la figuration. Intégrer le jury de cette émission culte est pour lui une suite logique, presque militante. Il se définit lui-même comme quelqu’un « proche du peuple », loin des standards du startuper traditionnel.
Son objectif à l’écran est clair : dénicher les pépites que d’autres investisseurs, peut-être trop frileux ou trop académiques, auraient laissées passer. Ayant lui-même essuyé une centaine de refus avant de lever 200 millions d’euros pour sa boîte, il sait qu’un « non » ne signifie pas la fin d’un projet. Sa méthode d’investissement ? Il mise sur l’humain avant le tableau Excel. Ce qu’il cherche, c’est cette « envie démesurée de réussir » qu’il connaît si bien.
L’école de la vie : grandir à l’Aide Sociale à l’Enfance
Pour comprendre la rage de vaincre de Jonathan, il faut rembobiner. Pas de manoir familial ni de réseau d’influence à la naissance. Né de père inconnu, il est élevé par une mère d’origine bulgare qui, après avoir fui le communisme, sombre dans une spirale infernale suite à une escroquerie : ruine, dépression, alcoolisme.
À 12 ans, les services sociaux interviennent. Jonathan est placé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Son adolescence se divise entre foyers et familles d’accueil, notamment à Sucy-en-Brie et Épinay-sur-Orge. Une période dure, marquée par la précarité — il raconte dormir à même le sol lorsqu’il rend visite à sa mère — et la violence latente des foyers où certains jeunes décrochent vers la délinquance.
Le déclic survient un soir de pluie. Alors qu’il livre des pizzas pour gagner sa vie, il se retrouve face à d’anciens camarades de collège, confortablement installés dans un appartement luxueux. L’humiliation est brutale, mais salvatrice. Il se fait une promesse : plus jamais il ne subira ça. Au lieu de sombrer, il utilise cette colère pour déjouer les pronostics des conseillers d’orientation qui le voyaient déjà en échec scolaire.
Le roi du « Monopoly » : l’art de la débrouille
Avant même de coder ou de manager, Jonathan est un commerçant né. Dès 14 ans, il flaire les bons coups en important des bijoux fantaisie de Chine pour les revendre avec une marge confortable. Mais c’est dans l’immobilier qu’il va construire sa première forteresse de sécurité.
Son audace est payante. Étudiant boursier, il n’hésite pas à « enjoliver » sa situation auprès des banques pour contracter des prêts étudiants. Son raisonnement est implacable : emprunter 20 000 euros quand on gagne le SMIC rassure le banquier. Il achète une première chambre de bonne, la retape, la loue. Puis une deuxième. Il joue au Monopoly grandeur nature, sécurisant un toit « qu’on ne pourra jamais lui enlever ».
Cette stratégie lui permet de générer des revenus passifs très tôt, finançant ainsi ses études (il force les portes d’une école de commerce prestigieuse, l’ESCP, via les admissions parallèles) et ses futurs projets. Aujourd’hui, via sa foncière Aguesseau Capital et sa nouvelle plateforme d’investissement Offstone lancée début 2026, il gère un parc immobilier impressionnant, incluant des hôtels parisiens comme la Maison Barbès.
Aircall : la naissance d’une licorne française
Le grand public le découvre aujourd’hui, mais la Tech le connaît depuis 2014. C’est l’année où il cofonde Aircall. L’idée est simple mais puissante : dépoussiérer la téléphonie d’entreprise en la passant 100% dans le cloud, connectée aux outils modernes des équipes commerciales.
Contrairement à beaucoup de startups françaises de l’époque qui visaient le marché local, Jonathan et ses associés voient grand immédiatement. Direction les États-Unis, San Francisco puis New York. La croissance est fulgurante. En juin 2021, Aircall atteint le statut mythique de « licorne » (valorisation supérieure à un milliard de dollars). Mieux encore, elle devient un « centaure », générant plus de 100 millions de dollars de revenus récurrents annuels.
S’il a quitté ses fonctions opérationnelles en septembre 2023 pour se consacrer à l’investissement et à l’écriture de son livre « Rien à perdre » (paru en 2025), il reste l’un des architectes majeurs de la French Tech. Son parcours prouve qu’avec une vision long terme et une exécution militaire, une boîte française peut regarder les géants américains dans les yeux.
















