Un silence brisé après 20 ans de terreur
Il y a des histoires qui dépassent l’entendement, et celle de Suzanne en fait malheureusement partie. Invitée dans le portrait de la semaine de l’émission Sept à Huit sur TF1, la jeune femme a livré un récit d’une lucidité effrayante face à Audrey Crespo-Mara.
Pendant deux décennies, elle a vécu sous l’emprise totale de Makhete Mare, un homme que la presse a surnommé le « gourou de Nogaro ». Condamné en novembre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle, cet homme de 45 ans avait instauré un huis clos terrifiant dans le Gers, transformant la maison familiale en prison pour ses compagnes et sa trentaine d’enfants.
Aujourd’hui, Suzanne ne se cache plus. Elle parle pour elle, mais aussi pour ceux qui ne peuvent pas le faire. Son calme apparent contraste violemment avec les atrocités qu’elle décrit.
Des tuyaux d’arrosage transformés en fouets

Pour Suzanne, la violence n’était pas un accident, c’était le quotidien. Dès l’âge de 3 ans, elle a appris à vivre avec la peur au ventre. Elle raconte comment ce beau-père tyrannique détournait des objets du quotidien pour en faire des instruments de torture.
« Il coupait les tuyaux d’arrosage et il en faisait des martinets. J’avais peur de mourir chaque jour. »
La jeune femme explique avec des mots simples comment l’inacceptable devient la norme quand on est une enfant isolée du monde. « On s’habitue à la douleur et on sait prendre les coups », confie-t-elle. Une phrase terrible qui résume l’emprise psychologique totale exercée par ce pervers narcissique, qui allait jusqu’à calfeutrer les fenêtres pour « empêcher le diable d’entrer ».
L’insoutenable torture des nourrissons
Mais le plus dur dans le témoignage de Suzanne, c’est lorsqu’elle évoque le sort réservé aux plus petits. Makhete Mare ne s’en prenait pas seulement aux plus grands ou à ses compagnes. Il visait aussi les bébés, ses propres enfants, âgés d’à peine quelques mois.
Les détails rapportés lors du procès et confirmés par Suzanne sont cauchemardesques. Elle raconte avoir vu le gourou s’en prendre à ses petits frères de 8 mois. Pour les faire taire quand ils pleuraient, la méthode était barbare : il les soulevait par les oreilles jusqu’au sang ou les immergeait violemment dans l’eau.
« Il a commencé à les frapper, les noyer, les enfermer dans une chambre… C’était l’horreur », se souvient-elle. Face à ces scènes, Suzanne se sentait impuissante, dévorée par la culpabilité de ne pas pouvoir protéger ceux qui étaient « toute sa vie ».
Sauver sa mère et survivre grâce à la fratrie
La violence frappait aussi les mères. Suzanne a vu sa propre mère subir des sévices humiliants : crâne rasé, douches froides punitives, coups de ceinture. Elle se souvient d’une image indélébile : « Il lui a mis un coup de tête et ça lui a fendu le crâne. J’ai vu ma mère tomber en face de moi, pleine de sang ».
Comment tient-on le coup pendant 20 ans dans un tel environnement ? Pour Suzanne, la réponse tient en un mot : la fratrie. C’est l’amour pour ses frères et sœurs qui a servi de « colonne vertébrale ». C’est ce lien unique qui l’a « maintenue en vie » alors que tout semblait perdu.
C’est finalement la fuite d’une des compagnes en 2022 qui a permis de briser ce cycle infernal et de déclencher l’intervention des gendarmes. Aujourd’hui, Suzanne tente de se reconstruire. Elle a trouvé l’amour et avance, un pas après l’autre. En témoignant, elle refuse le statut de victime éternelle et prouve que le bourreau n’a pas réussi à éteindre sa lumière.








