La fin de la récréation pour le contournement des lois
Le lundi 26 janvier 2026 restera comme une date clé pour le Web français avec l’adoption en première lecture de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Mais une faille majeure inquiète l’exécutif : la capacité des adolescents à s’affranchir des frontières numériques grâce à un simple clic. Interrogée sur France Info le 30 janvier, Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique, a été très claire sur ses intentions futures.
Si la ministre estime qu’à 8 ans et demi — l’âge moyen du premier compte social — peu d’enfants maîtrisent l’art du tunnel chiffré, elle n’ignore pas les pratiques des plus grands. Pour elle, le texte actuel protège déjà une large majorité de mineurs, mais le travail ne s’arrête pas là. « Les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste », a-t-elle martelé, confirmant que le gouvernement étudie déjà des pistes de régulation pour ces services.
Le « modèle britannique » : une interdiction pure et simple pour les mineurs ?
La France ne navigue pas seule dans ces eaux troubles. Outre-Manche, le Royaume-Uni a déjà franchi un cap radical. Le 21 janvier, la Chambre des lords a adopté un amendement interdisant l’usage des VPN aux moins de 18 ans. Ce texte impose aux fournisseurs de mettre en place une vérification d’âge obligatoire, sous peine de voir leur service bloqué sur le territoire britannique. Un séisme technologique qui sert aujourd’hui de laboratoire pour Paris.
Cette approche soulève toutefois d’immenses défis techniques et éthiques. Un VPN fonctionne en créant un tunnel sécurisé qui masque l’adresse IP et chiffre les données. C’est un outil indispensable pour la cybersécurité des entreprises et la protection de la vie privée des citoyens. Comment restreindre l’accès des mineurs sans casser un outil utilisé par des millions de professionnels en télétravail ? C’est tout le dilemme auquel fait face le ministère du Numérique.
Une explosion d’usage qui inquiète les autorités
La tendance est claire : dès qu’une restriction numérique apparaît, l’usage des VPN s’envole. Au Royaume-Uni, l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act a provoqué un bond des inscriptions de 1 800 % chez Proton VPN et de 1 000 % chez NordVPN. Selon la Lucy Faithfull Foundation, près de 30 % des adultes britanniques utiliseraient déjà un VPN pour éviter les contrôles d’âge de plus en plus intrusifs.
En France, l’idée de réguler ces outils n’est pas nouvelle, mais elle se heurte au droit européen. La Cour de justice de l’Union européenne a réaffirmé en janvier 2026 la neutralité de ces services tant qu’ils ne facilitent pas activement l’illégalité. Le gouvernement français devra donc slalomer entre la protection des mineurs et le respect des libertés numériques, sous peine de se faire retoquer par Bruxelles.
Les VPN sont des outils légitimes pour la sécurité, mais ils ne doivent pas devenir des zones de non-droit permettant de bafouer la protection des plus jeunes.
Vers une obligation de vérification d’âge ?
Plutôt qu’un blocage total, complexe à mettre en œuvre techniquement (comme le montrent les exemples chinois ou iranien), la France pourrait s’orienter vers une obligation d’identification. Les fournisseurs de VPN pourraient être contraints de demander une preuve d’identité ou d’utiliser des solutions de « double anonymat » pour vérifier l’âge des souscripteurs sans collecter leurs données personnelles.
Pour le moment, aucune mesure concrète n’a été détaillée, mais la volonté politique est là. Le débat s’annonce électrique entre les défenseurs de la vie privée, qui voient dans ces mesures une forme de « censure indirecte », et les partisans d’un Internet plus encadré. Une chose est sûre : votre manière de naviguer anonymement pourrait bien changer radicalement dans les prochains mois.








