Le grand chelem féminin : 63 % des admis sont des femmes
C’est le chiffre choc qui ressort des sessions 2024 et 2025 de la plateforme Mon Master. Les femmes ne sont pas seulement majoritaires parmi les candidats (62 %), elles le sont encore plus parmi les admis. Contrairement aux craintes que l’on pourrait avoir au moment de cliquer sur « valider » son vœu, le genre ne joue pas contre les candidates. Au contraire, les statistiques prouvent qu’à dossier équivalent, elles réussissent même un cran mieux que les garçons.
Dans certaines disciplines, la domination féminine est presque totale. Voici la part de femmes parmi les admis en 2025 :
- Langues : 76 %
- Droit et Sciences Politiques : 73 %
- Lettres et Sciences du langage : 73 %
On est loin d’une simple parité : c’est un véritable déséquilibre qui s’est installé dans les filières de sciences humaines et sociales.
STAPS et Sciences : là où le miroir se brise
Mais alors, où sont les hommes ? Et surtout, pourquoi les femmes disparaissent-elles de certains amphis ? En regardant de plus près les sciences fondamentales (maths, physique, informatique, ingénierie) et les STAPS (sport), le tableau change radicalement. Ici, les femmes peinent à dépasser le tiers des effectifs.
| Discipline | Part de femmes admises (2025) |
|---|---|
| Moyenne nationale | 63 % |
| Langues | 76 % |
| STAPS | 39 % |
| Sciences Fondamentales | 32 % |
En sciences fondamentales, le chiffre stagne : seulement 32 % de femmes parmi les candidats et les admis. En STAPS, on observe une micro-progression (de 38 % en 2024 à 39 % en 2025), mais on est encore très loin d’un équilibre.
Le mythe de la sélection sexiste s’effondre
On pourrait être tenté d’accuser les commissions d’admission d’être plus dures avec les filles en sciences. Pourtant, les données « Open Data » de Mon Master démontrent exactement l’inverse. En sciences fondamentales, l’écart entre le pourcentage de femmes qui candidatent (32,2 %) et celui de celles qui sont admises (31,7 %) est quasiment nul. En clair : si vous candidatez, vous avez les mêmes chances qu’un homme. Le problème n’est pas le jury, c’est le nombre de filles qui osent se présenter.
« Les femmes qui candidatent dans ces disciplines ne sont pas moins bien admises que leurs homologues masculins à dossier comparable. Le déséquilibre se joue en amont. »
L’autocensure : ce poison qui commence dès 6 ans
Pourquoi ce manque de candidates ? Les rapports récents du Sénat et de l’UNESCO pointent du doigt un mécanisme dévastateur : l’autocensure. Selon une étude citée par le Sénat, dès l’âge de 6 ans, les filles commencent à associer le « talent intellectuel » à la figure masculine. Elles évitent alors les activités perçues comme étant réservées aux enfants « très intelligents », dont les mathématiques font partie.
Ce phénomène se confirme au lycée :
- Seulement 42 % des filles suivent la spécialité maths en terminale.
- Elles ne représentent que 25 % des étudiants en école d’ingénieurs.
- En Master informatique à Maubeuge, elles ne sont que 3 %.
C’est ce qu’on appelle le « tuyau percé » : plus on avance dans les études, plus les femmes quittent les filières scientifiques. Ce n’est pas une question de capacités — les filles ont souvent de meilleurs résultats scolaires globaux — mais une question de projection et de confiance.
Le plan « Filles et Maths » : vers un quota de 30 %
Face à ce constat qui stagne depuis vingt ans, le ministère de l’Éducation nationale a lancé un plan d’attaque massif pour 2025. L’objectif est clair : briser les stéréotypes avant qu’ils ne figent les carrières. Le gouvernement a fixé des cibles ambitieuses :
- + 30 000 filles en spécialité maths d’ici 2030.
- Minimum 30 % de filles dans chaque classe préparatoire scientifique (CPGE) en 2030.
- Dès la rentrée 2025, une formation obligatoire de 2 heures sur les biais de genre pour tous les personnels scolaires.
L’idée n’est plus seulement de dire « les filles, vous pouvez le faire », mais de forcer le système à se rééquilibrer en imposant des objectifs chiffrés aux chefs d’établissement.
Pourquoi c’est une perte pour tout le monde
Ce déséquilibre n’est pas qu’une question de principes. C’est un problème économique majeur. La France manque cruellement de bras dans la tech et l’industrie : il manque chaque année 20 000 ingénieurs et 60 000 techniciens. Se passer de la moitié de la population pour remplir ces postes est un non-sens total.
De plus, l’absence de femmes dans les sciences crée ce qu’on appelle l’effet Matilda : l’invisibilisation des découvertes faites par des chercheuses au profit de leurs collègues masculins. Sans mixité, l’innovation se prive de perspectives essentielles, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’intelligence artificielle ou de la transition écologique.
« Les sciences sont présentes dans presque toutes les choses que les jeunes filles aiment. Le problème n’est pas l’appétence, c’est le lien qui n’a jamais été fait. » – Bria Macklin, chercheuse.
Le mot de la fin pour les candidates
Si vous êtes une étudiante et que vous lisez ces lignes, retenez bien ceci : sur Mon Master, les chiffres jouent en votre faveur. Que vous visiez un Master en robotique, en management du sport ou en astrophysique, le système ne vous barrera pas la route à cause de votre genre. L’obstacle, c’est ce petit doute au moment de soumettre votre dossier.
La plateforme Mon Master ne crée pas d’inégalités, elle ne fait que photographier des choix faits bien plus tôt. En osant choisir ces filières dites « masculines », vous ne faites pas que poursuivre vos rêves, vous participez activement à changer les statistiques pour les générations suivantes. Le véritable pouvoir de sélection, ce n’est pas l’université qui l’a, c’est vous au moment où vous décidez de ne pas vous interdire une carrière.
















