43 Go de fichiers et des millions de profils exposés
Le scénario semble se répéter, mais à une échelle encore plus vertigineuse. Sur le réseau social X, le duo de hackers ZeroBytes affirme avoir mis la main sur plus de 2 600 fichiers représentant 43 gigaoctets de données brutes issues des serveurs du ministère de l’Éducation nationale.
Au total, les pirates mettent en avant plus de 346 millions de lignes techniques. Derrière ce chiffre brut qui ne correspond pas au nombre d’individus réels, le recoupement des bases laisse entrevoir l’ampleur du butin revendiqué :
- 1,22 million d’élèves distincts identifiés dans les extractions.
- 4,35 millions de matricules d’agents, couvrant plusieurs décennies d’archives jusqu’aux retraités.
- 602 000 comptes d’annuaires LDAP pour les seules académies de Créteil et Versailles, avec statuts et empreintes de mots de passe.
- 33 académies touchées sur le volet RH via l’extraction des données I-Prof.
Des mineurs et des dossiers sensibles directement ciblés
Si la revendication n’a pas encore fait l’objet d’une authentification officielle par le ministère, la nature des éléments décrits inquiète particulièrement les experts en cybersécurité. Les fichiers mentionnés touchent à l’intimité du parcours scolaire et familial depuis 2005.
Côté élèves, les bases visées compileraient les identifiants nationaux (INE), adresses personnelles, coordonnées des responsables légaux, mais aussi les suivis d’absences, sanctions disciplinaires et notes issues de SCONET pour les années 2025 et 2026. Plus critique encore, les hackers disent détenir les données des plateformes MGI et PELV2, dédiées au décrochage scolaire et aux élèves en difficulté.
« Vous m’aviez détecté, mais vous ne m’avez pas coupé. »
Cette provocation directe, adressée à l’administration par les pirates, résume leur mode opératoire. Le duo affirme avoir maintenu un accès VPN actif pendant plusieurs semaines au sein du réseau ministériel avant d’absorber l’ensemble des bases sans être interrompu.
ZeroBytes : deux pirates français qui enchaînent les ministères
Ce nouveau coup d’éclat intervient en pleine tempête politique. Le duo tricolore a fait parler de lui après avoir siphonné les dossiers de centaines de milliers d’usagers, un piratage massif visant les contribuables sur le site impots.gouv.fr qui a conduit le Premier ministre Sébastien Lecornu à convoquer une cellule de crise interministérielle.
Interrogés via Telegram par l’Agence France-Presse (AFP), les deux membres du groupe assument agir sans mobile idéologique, guidés par « l’argent » et « le désir de pouvoir ». Ils affirment d’ailleurs avoir déjà vendu les données fiscales à plusieurs acheteurs pour quelques milliers d’euros sur le dark web, tout en maintenant les fichiers en vente.
L’historique du duo s’épaissit rapidement :
- Secteur public : la DGFiP fin juin et fin juillet, désormais l’Éducation nationale.
- Entreprises et fédérations : des intrusions revendiquées chez Intermarché et la Fédération française de handball.
- Télécoms et hôtellerie : des revendications estivales visant un opérateur national et une chaîne hôtelière.
Une série noire pour la sécurité des services publics
Pour le site spécialisé FrenchBreaches, qui suit de près leurs activités, le succès de ZeroBytes met en lumière des faiblesses structurelles plutôt que des exploits techniques hors normes. Les pirates profitent de configurations vulnérables sur des accès distants pour s’installer durablement.
Pour l’Éducation nationale, cette alerte s’ajoute à une cascade d’incidents enregistrés ces derniers mois, après la fuite du portail RH Compas en mars (243 000 agents) et une attaque survenue fin juillet sur le système de formation professionnelle. Si le vol actuel est confirmé, l’exposition des identifiants et des historiques administratifs ouvre la voie à des campagnes massives d’hameçonnage ciblé et d’usurpation d’identité pour des millions de familles et d’enseignants.







