L’illusion n’aura duré qu’une poignée de jours, mais elle s’est effondrée avec la violence d’un Genkidama. Si tu as passé ta semaine à imaginer les décors de la Kame House ou la tour Karin sortir de terre dans le Val-d’Oise, range tes espoirs. Alors qu’on relayait avec enthousiasme l’annonce folle d’un parc d’attractions Dragon Ball géant près de Paris, Toei Animation, le studio historique qui détient les droits de l’anime culte d’Akira Toriyama, vient de siffler la fin de la récréation avec une sécheresse exemplaire.
En quelques lignes publiées sur son site officiel, l’entreprise nippone a pulvérisé l’emballement médiatique et politique qui secouait l’Hexagone. Non, aucun Super Saiyan ne posera ses valises à Courdimanche.
Une mise au point glaciale venue de Tokyo

Face aux dizaines d’articles annonçant l’arrivée imminente de Son Goku en région parisienne, les ayants droit japonais sont visiblement tombés de leur chaise. Plutôt que de laisser planer le moindre doute, Toei Animation a dégainé un communiqué officiel particulièrement salé pour rétablir la vérité :
« Récemment, certains médias ont rapporté qu’il avait été décidé de construire un parc d’attractions Dragon Ball en France. Cependant, ni notre société ni aucun des détenteurs de droits n’a accordé de licence à ce sujet, et nous n’avons connaissance d’aucun fait de ce type. »
Le message a le mérite d’être limpide. Au Japon, la franchise Dragon Ball représente un trésor inestimable partagé entre la Toei, la maison d’édition Shueisha, Bird Studio et le géant du jouet Bandai. Or, aucune de ces entités n’a signé le moindre accord avec la France. En clair, les décideurs politiques français ont vendu du rêve sans même consulter les principaux concernés.
L’emballement politique à six milliards d’euros
Mais alors, comment en est-on arrivé à un tel couac ? Tout commence le 24 août dernier, lors de la visite officielle du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Paris. Emmanuel Macron officialise alors un protocole d’accord colossal de 6 milliards d’euros, porté par Qiddiya Investment Company (QIC), filiale du fonds souverain saoudien.
L’objectif affiché : réhabiliter les ruines de l’ancien parc Mirapolis, fermé depuis 35 ans à Cergy-Pontoise, pour y bâtir un complexe de loisirs géant. Dans la foulée, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, monte au créneau sur le plateau de TF1. Elle affirme travailler sur le dossier depuis dix-huit mois et vante « un projet de l’ampleur de Disney » inspiré des mangas. Le président de la République tweete lui aussi sur son intérêt pour la pop-culture japonaise. Dès lors, la machine s’emballe et la presse internationale titre sur l’ouverture d’un parc Dragon Ball près de Paris.
L’illusion des visuels : cap sur l’Arabie saoudite
Pour alimenter le feuilleton, les réseaux sociaux ont massivement partagé des visuels grandioses montrant un dragon Shenron de 70 mètres de haut et des montagnes russes futuristes aux couleurs de la Capsule Corp. Cependant, ces images n’ont absolument aucun rapport avec l’Île-de-France.
« Toutes les images et vidéos conceptuelles du parc d’attractions utilisées dans ces articles proviennent d’une annonce conjointe faite par la société saoudienne Qiddiya Investment Company et notre société le 22 mars 2024. »
En effet, le studio japonais a dû préciser que ces maquettes appartiennent exclusivement au méga-complexe actuellement en construction à Qiddiya City, en plein désert saoudien. Ce parc-là verra bel et bien le jour et constituera le tout premier parc à thème officiel au monde dédié à la saga. Par conséquent, les visuels relayés en France n’étaient qu’un mirage emprunté au projet de Ryad.
Pourquoi le projet français s’est pris le mur
Ce faux départ retentissant rappelle une réalité que la communication politique a complètement zappée : l’industrie des loisirs et les licences japonaises exigent une rigueur millimétrée.
- Le verrou des ayants droit japonais : Au Japon, exploiter une franchise légendaire comme celle d’Akira Toriyama demande des années de négociations contractuelles. Faire des annonces publiques sans l’accord préalable de Tokyo constitue une erreur stratégique majeure.
- Des délais de construction colossaux : Bâtir un univers immersif prend un temps fou. À titre de comparaison, Disneyland Paris a mis près de huit ans pour ouvrir sa zone La Reine des Neiges pour une facture de 2 milliards d’euros. Promettre un complexe trois fois plus cher sans calendrier validé relevait du vœu pieux.
- Une communication prématurée : Si QIC confirme discuter avec de grandes marques internationales, aucun contrat n’a été paraphé. L’exécutif a surfé sur la vague manga avant même d’obtenir la moindre signature.
Le site de Cergy-Pontoise accueillera peut-être un complexe de loisirs et les 22 000 emplois promis au cours de la prochaine décennie. Mais si tu comptais monter sur le Nuage Magique à 40 minutes de Paris en prenant le RER A, range ton kimono : le rêve vient d’être pulvérisé en direct de Tokyo.







