Comprendre le rôle de l’introduction en philosophie
L’introduction n’est pas un simple préambule. C’est un mini parcours qui va :
- amener le sujet sans le réciter bêtement ;
- montrer ce qui pose problème dans la question ;
- formuler une problématique claire ;
- annoncer le plan qui va structurer ta dissertation de philosophie.
Si ces éléments sont là, ton introduction est déjà solide, même si le style n’est pas parfait. Si l’un manque, le correcteur aura l’impression que ta réflexion flotte.
L’accroche : captiver dès le début
Tu commences toujours par une accroche. Elle sert à ouvrir le sujet sans le paraphraser. Elle doit être en lien avec la question, mais pas hors-sujet.
Tu peux choisir :
- une courte citation de philosophe ou d’auteur ;
- une anecdote simple ;
- une référence historique ou d’actualité ;
- une observation générale mais précise sur le thème.
Exemple pour un sujet sur la liberté :
« Dans l’Antiquité, Socrate invitait chacun à se connaître soi-même. Cette exigence de lucidité sur nos désirs et nos choix pose déjà la question de ce que signifie être vraiment libre. »
Évite les accroches du type « Depuis toujours les hommes se demandent… ». Elles sont trop vagues et n’apportent rien. Ta phrase d’ouverture doit déjà commencer à penser le sujet.
L’énoncé du sujet : poser la question clairement
Après l’accroche, tu dois rappeler le sujet. Tu peux le citer tel quel ou légèrement reformuler, mais sans changer le sens ni les termes importants.
Par exemple :
« Le sujet qui nous est proposé est le suivant : “Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ?” »
C’est bref, mais essentiel. Le correcteur doit voir immédiatement sur quoi tu travailles. C’est aussi un repère pour toi : tu sais exactement à quelle question tu dois répondre.
L’analyse des termes : clarifier les concepts
Une introduction de dissertation de philosophie passe forcément par un moment d’analyse. Il ne s’agit pas de faire un dictionnaire, mais de montrer que tu as repéré les notions essentielles et leurs enjeux.
Tu peux procéder ainsi :
- repérer les mots-clés du sujet ;
- en proposer une définition simple et philosophique ;
- montrer que ces mots peuvent être compris de plusieurs façons.
Pour le sujet « Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ? », tu peux écrire :
- « Être libre » semble d’abord signifier ne pas subir de contraintes, pouvoir choisir par soi-même ses actions.
- « Faire ce que l’on veut » évoque une liberté sans limites, où la volonté serait toujours satisfaite.
L’idée, c’est d’ouvrir le sujet, pas de le refermer tout de suite. Tu montres que les mots sont plus complexes qu’ils en ont l’air.
La problématisation : faire apparaître la difficulté
Une fois les termes analysés, tu dois montrer que le sujet pose un vrai problème philosophique. C’est le moment de la problématisation : tu fais apparaître une tension, une contradiction, une difficulté.
Par exemple :
« Si être libre se réduit à faire ce que l’on veut, alors la liberté semble n’avoir aucune limite. Mais nos désirs sont-ils toujours lucides ? Et la société peut-elle fonctionner si chacun fait exactement ce qu’il veut ? La liberté ne suppose-t-elle pas au contraire des règles, voire une forme de maîtrise de soi ? »
Tu pars d’une première intuition, tu la mets en doute, et tu fais naître une question plus profonde. C’est ça, problématiser.
La problématique : formuler la question centrale
La problématique, c’est la question précise qui va guider toute ta dissertation. Elle découle de la problématisation, mais doit être formulée de manière claire et directe.
Par exemple :
« La question est alors de savoir si la liberté consiste simplement à faire ce que l’on veut ou si elle exige une forme de maîtrise de soi et de respect de certaines limites. »
Ta problématique ne devrait pas être une simple reformulation du sujet. Elle doit montrer le conflit d’idées que tu vas explorer.
L’annonce du plan : guider le lecteur
Dernière étape de l’introduction de dissertation de philosophie : l’annonce du plan. Tu expliques brièvement comment tu vas traiter la question. Pas besoin de faire long, mais il faut que la progression soit logique.
Par exemple :
« Nous verrons d’abord en quoi il semble naturel de définir la liberté comme la possibilité de réaliser ses désirs. Nous montrerons ensuite les limites d’une telle conception. Enfin, nous chercherons à penser une liberté plus exigeante, fondée sur la maîtrise de soi et la connaissance de ce que l’on veut vraiment. »
Évite les formules trop scolaires du type « Dans une première partie, nous verrons… ». Tu peux les utiliser, mais en les allégeant un peu, comme dans l’exemple.
Les erreurs fréquentes à éviter
Pour que ton introduction soit efficace, fais attention à quelques pièges classiques :
- Paraphraser le sujet : répéter la phrase du sujet avec d’autres mots ne sert à rien.
- Multiplier les définitions : mieux vaut deux définitions bien expliquées que cinq listes de synonymes.
- Rester trop vague : les « depuis toujours », « depuis la nuit des temps » affaiblissent ton propos.
- Donner un plan trop détaillé : l’annonce du plan doit rester générale, sans dévoiler tous tes arguments.
Une bonne introduction est claire, structurée, mais pas surchargée.
Quand rédiger l’introduction ?
Astuce méthodo : tu peux commencer par un brouillon d’introduction, mais il est souvent plus efficace de la rédiger vraiment une fois que ton plan est fixé.
Pourquoi ? Parce que :
- tu connais déjà tes grandes idées ;
- tu peux formuler une problématique cohérente avec ton développement ;
- ton annonce de plan sera précise sans être contradictoire.
Beaucoup d’élèves perdent du temps à chercher une accroche parfaite dès le début. Mieux vaut une accroche simple mais pertinente, reliée à un plan que tu maîtrises.
Exemple complet d’introduction de dissertation de philosophie
Sujet : « Le bonheur dépend-il de nous ? »
« Aristote affirme que le bonheur est le but ultime de l’existence humaine, ce vers quoi tendent tous nos choix. Pourtant, on a souvent l’impression que le bonheur nous échappe, qu’il dépend de la chance, des autres ou des événements. Le sujet “Le bonheur dépend-il de nous ?” invite alors à s’interroger sur notre pouvoir réel sur ce qui nous rend heureux. Le terme “bonheur” désigne un état de satisfaction durable, qui ne se réduit pas à un plaisir passager. Dire qu’il “dépend de nous” revient à soutenir que cet état résulte principalement de nos décisions, de notre manière de penser et d’agir, plutôt que des circonstances extérieures. Mais pouvons-nous vraiment être heureux par simple effort de volonté, ou bien notre bonheur reste-t-il largement lié à des facteurs que nous ne maîtrisons pas ? La question est donc de savoir dans quelle mesure le bonheur relève de notre responsabilité personnelle ou de conditions indépendantes de nous. Nous examinerons d’abord l’idée selon laquelle le bonheur dépend avant tout de nos choix et de notre attitude. Nous montrerons ensuite les limites de cette position en soulignant le rôle déterminant des événements et du contexte. Enfin, nous tenterons de penser une position plus nuancée, où le bonheur suppose à la fois un travail sur soi et l’acceptation de ce que l’on ne contrôle pas. »
Dans cet exemple, tu retrouves toutes les étapes : accroche, rappel du sujet, analyse des termes, problématisation, problématique et annonce de plan. Tu peux t’en inspirer pour construire tes propres introductions, en adaptant la méthode à chaque sujet.












