Nadia El Bouroumi, de coiffeuse à avocat du procès du siècle

Nadia El Bouroumi, un nom qui a récemment fait la une des journaux, est bien plus qu’une simple avocate. Elle est devenue une figure incontournable du procès des viols de Mazan, un procès qui choque la France entière. Pourtant, son parcours, atypique et inspirant, contraste fortement avec l’image que l’on se fait d’une avocate traditionnelle. Entre ses débuts en tant que coiffeuse et son ascension fulgurante dans le monde judiciaire, Nadia El Bouroumi s’est construite une carrière en dépit des obstacles.
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Un parcours atypique

Nadia El Bouroumi n’a pas toujours été avocate. Originaire de Toulouse, elle est née dans une famille nombreuse, étant la neuvième d’une fratrie de dix enfants. Sa vie a pris un tournant radical à l’âge de 16 ans lorsqu’elle a été mariée de force, interrompant ainsi ses études et ses ambitions sportives. Ce mariage forcé ne lui a pas apporté le bonheur escompté, mais plutôt quatre années de violences conjugales.

Elle a finalement trouvé la force de fuir cette situation, emmenant avec elle sa première fille. C’est ce premier acte de courage qui marque un tournant dans la vie de Nadia. Installée dans le sud de la France, elle refait sa vie et trouve un travail dans les vignes avant de devenir vendeuse. Cependant, c’est son deuxième mari, décédé prématurément d’un cancer, qui l’encourage à reprendre ses études. Nadia El Bouroumi, qui travaillait en parallèle comme coiffeuse à domicile le week-end, s’inscrit à l’école d’avocats et obtient son diplôme en deux ans.

Avocate et figure controversée dans le procès de Mazan

Aujourd’hui, Nadia El Bouroumi est au cœur d’un des procès les plus médiatisés de l’année : le procès des viols de Mazan. Ce procès concerne 51 hommes accusés de viols sur Gisèle Pelicot, une femme qui, selon l’enquête, aurait été droguée par son mari avant d’être abusée par de nombreux hommes. El Bouroumi représente deux des accusés dans ce procès et a suscité la controverse, non seulement pour ses interventions en salle d’audience, mais surtout pour son activité sur les réseaux sociaux.

Très active sur Instagram, Nadia El Bouroumi n’hésite pas à commenter publiquement les événements du procès, provoquant de vives réactions. « Je sors du procès Pelicot, pfiiiiou ! », lance-t-elle dans une vidéo postée sur son compte, où elle raconte en détails le déroulement des audiences. Ce mode de communication direct et sans filtre divise l’opinion publique.

Elle a notamment choqué en publiant une vidéo dans laquelle elle danse sur le tube « Wake Me Up Before You Go-Go » de George Michael, une chanson interprétée par certains comme une référence insensible à la condition de la victime, droguée et inconsciente au moment des faits. Sur les réseaux sociaux, les critiques fusent : « Dans cette affaire, la victime dormait alors que des hommes venaient la violer avant de repartir », rappelle un internaute outré.

En réponse à cette polémique, El Bouroumi défend son droit à la liberté d’expression, soulignant qu’elle aussi subit une pression intense : « Je suis là aussi pour donner la version d’un avocat de la défense : ça ne plaît pas et ça ne plaira jamais », a-t-elle déclaré à franceinfo, évoquant les insultes et le harcèlement dont elle serait victime depuis le début du procès.

La question de la liberté d’expression des avocats

Le comportement de Nadia El Bouroumi sur les réseaux sociaux soulève une question cruciale : jusqu’où peut aller la liberté d’expression d’un avocat ? Selon Nicolas Hervieu, enseignant en droit à Sciences Po, « La liberté d’expression de l’avocat ne l’autorise pas à donner de sa profession une image violente, vulgaire ou cynique ». Cependant, d’autres experts, comme Roland Rodriguez, président de la commission « règles et usage » au Conseil national des barreaux, soulignent que la liberté d’expression d’un avocat est relativement large tant qu’elle s’inscrit dans le cadre des droits de la défense.

Dans ce cas, la frontière est floue. D’un côté, Nadia El Bouroumi invoque le besoin de transparence dans une affaire où elle estime que la version de la défense est sous-représentée dans les médias. D’un autre côté, ses détracteurs, y compris des membres de sa propre profession, lui reprochent de nuire à l’image des avocats en se mettant excessivement en scène. « Aurait-on imaginé Gisèle Halimi ou Henri Leclerc faire des stories Tiktok ? », interroge une avocate outrée sur le réseau X (anciennement Twitter).

Entre succès professionnel et polémique

Malgré la controverse, il est indéniable que Nadia El Bouroumi a su se faire un nom dans le milieu juridique. Fondatrice du cabinet Praetom Avocats et Associés, elle propose également des formations via son Institut Haute Exigence, axées sur le développement personnel et professionnel. Son parcours inspire beaucoup, notamment grâce à sa résilience face aux épreuves personnelles. « Je suis en croisade pour diffuser cette puissance intérieure présente dans chacun de nous », déclare-t-elle dans l’une de ses vidéos.

Cependant, la question demeure : comment concilier un tel usage des réseaux sociaux avec les principes de déontologie de la profession d’avocat ? Le bâtonnier du barreau d’Avignon et le procureur général de la cour d’appel devront statuer sur d’éventuelles sanctions si une faute déontologique est reconnue. En attendant, Nadia El Bouroumi continue de défendre ses clients avec son franc-parler et ses interventions médiatiques qui font parler autant qu’elles dérangent.

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