« Les coachs ne comprennent pas » : le corps féminin, grand oublié des terrains
Le premier point de rupture est physiologique, mais surtout lié à sa mauvaise prise en charge. La puberté bouleverse le rapport au corps, et le monde sportif semble incapable de s’y adapter. Selon l’étude, 63 % des adolescentes estiment que les changements physiques (poitrine, prise de poids, croissance) rendent la pratique moins agréable. Mais le véritable éléphant dans la pièce, ce sont les menstruations.
Pour 55 % des jeunes filles interrogées, les règles constituent un frein direct à l’exercice. Douleurs, fatigue, peur de la fuite : les contraintes sont réelles, mais l’écoute est absente. Le verdict des concernées est sans appel : « Les coachs ne comprennent pas que le corps change, qu’il y a des jours avec et des jours sans ». Une adolescente sur deux juge que l’encadrement ne répond pas à ses besoins spécifiques.
Le malaise s’installe dans un décalage flagrant entre la réalité biologique des pratiquantes et les exigences d’un sport souvent calqué sur un modèle masculin, linéaire et constant.
Mini-shorts et regards pesants : l’insécurité comme norme
Au-delà de la physiologie, c’est l’environnement social du sport qui est pointé du doigt. Le terrain de sport, censé être un espace d’émancipation, devient pour beaucoup une zone d’insécurité et de jugement.
- Le poids du regard : 61 % des adolescentes se sentent jugées lorsqu’elles pratiquent. La comparaison avec les corps « parfaits » des réseaux sociaux aggrave ce sentiment d’inadéquation pour plus de la moitié d’entre elles.
- Le malaise vestimentaire : Près d’une fille sur deux (49 %) est mal à l’aise avec les tenues imposées. « Le hand, c’est des mini-shorts… Ils pourraient mettre un short plus long », déplore une témoin. L’hypersexualisation des tenues sportives féminines reste un frein majeur.
- Harcèlement et sexisme : Le chiffre le plus alarmant concerne les violences. 42 % des jeunes filles déclarent avoir subi des comportements déplacés, allant des moqueries au harcèlement sexuel.
Dans ces conditions, le vestiaire ou le trajet pour aller à l’entraînement deviennent des sources d’angoisse plutôt que de plaisir. 55 % des sondées affirment ne pas se sentir en sécurité.
La compétition à tout prix : un modèle à bout de souffle
L’étude met également en lumière une inadéquation structurelle de l’offre sportive. Le modèle fédéral classique, basé sur la compétition, le classement et la performance à l’année, ne correspond plus aux aspirations de nombreuses adolescentes.
Beaucoup cherchent une pratique « plaisir », pour se dépenser et se sentir bien, mais se heurtent à une pression de résultat immédiate. « Dès qu’on s’inscrit, on te parle de matchs, de championnats. Moi je veux juste jouer », résume une participante. Cette injonction à la progression constante, couplée à la peur de régresser ou d’être mise sur la touche, transforme le loisir en une charge mentale supplémentaire.
Temps, argent et géographie : la course d’obstacles
Enfin, les freins sont aussi très pragmatiques. À l’âge où le sport scolaire ne suffit plus et où la mixité disparaît souvent en club, l’accès devient un parcours du combattant :
- Manque d’infrastructures : 33 % des filles n’ont pas de club féminin à proximité. Ce chiffre grimpe encore pour celles habitant en zone rurale.
- Emplois du temps saturés : 57 % des adolescentes jugent leur emploi du temps scolaire incompatible avec une pratique régulière, citant des entraînements trop tardifs ou trop loin.
- Le coût : Pour 58 % des familles, le prix des licences, des équipements et des déplacements reste dissuasif.
Comment inverser la tendance ?
Ce « grand décrochage » n’est pas une fatalité. L’étude montre que l’envie de sport est intacte chez ces jeunes filles, mais que les conditions ne sont plus réunies. Pour les fédérations et les clubs, l’urgence est à la remise en question.
Les pistes de solutions émergent des témoignages mêmes des adolescentes : former les entraîneurs à la physiologie féminine, adapter les tenues (laisser le choix entre short et legging par exemple), proposer des créneaux de pratique « loisir » sans compétition obligatoire, et surtout, sécuriser les lieux de pratique. Sans une révolution culturelle et structurelle, le sport restera, pour près d’une fille sur deux, un souvenir d’échec plutôt qu’une école de la vie.








