Lee Beaumont : le consommateur qui a décidé de surtaxer les démarcheurs

Qui n’a jamais rêvé de se venger de ces appels incessants pour des fenêtres double vitrage ou des forfaits mobiles, toujours au moment du dîner ? Un Britannique, Lee Beaumont, a transformé ce cauchemar quotidien en une source de revenus inattendue. Lassé d’être harcelé par les démarcheurs téléphoniques, ce webdesigner de Leeds a eu une idée de génie : transformer sa ligne fixe en numéro surtaxé. Résultat : plus les entreprises l’appellent, plus il gagne de l’argent. Une histoire jouissive qui a fait le tour du monde, mais qui reste, hélas, difficilement reproductible en France.
lee beaumont

300 livres gagnées en papotant avec des démarcheurs

Tout commence en novembre 2011. Lee Beaumont, qui travaille depuis son domicile, est à bout de nerfs. Il reçoit entre 20 et 30 appels publicitaires par mois, interrompant constamment sa journée de travail. Les listes d’opposition classiques (l’équivalent de notre Bloctel) se révèlent inefficaces, notamment contre les appels provenant de l’étranger.

Il décide alors de passer à la vitesse supérieure. Moyennant un investissement initial modique de 10 livres (environ 12 euros), il souscrit à une ligne surtaxée commençant par 0871. Le principe est simple : chaque personne qui compose ce numéro paie 10 pence la minute. Sur cette somme, 7 pence (environ 8 centimes d’euro) atterrissent directement dans la poche de Lee.

Le succès est au rendez-vous. En un an et demi, Lee a empoché plus de 300 livres (environ 350 euros) grâce aux appels indésirables. Mieux encore, la dynamique s’est inversée. Au lieu de raccrocher au nez des télémarketeurs, Lee prend désormais un malin plaisir à les garder en ligne le plus longtemps possible, posant des questions faussement intéressées pour faire tourner le compteur. « Je veux que les appels à froid soient interdits », clame-t-il, tout en profitant du système pour arrondir ses fins de mois.

Une méthode (trop) efficace qui inquiète

Pour maximiser ses gains, Lee Beaumont n’a pas hésité à ruser. Lorsqu’une commande en ligne tourne mal ou qu’il doit contacter un service client, il refuse d’appeler leurs numéros surtaxés et poste à la place son propre numéro payant sur Twitter ou dans les formulaires de contact. Il sait pertinemment que les robots des agences marketing vont aspirer ses coordonnées pour le rappeler.

Cette stratégie a fait de lui une petite célébrité médiatique outre-Manche, au point d’être cité lors d’une commission parlementaire sur le démarchage. Mais ce succès a un revers : l’entreprise qui lui fournit le numéro commence à faire grise mine. Face à l’explosion des demandes (+1000 % de commandes de numéros surtaxés chez un concurrent !), les opérateurs craignent une déstabilisation de leur modèle économique. Ils accusent désormais Lee d’enfreindre leurs conditions d’utilisation, non pas parce que la pratique est illégale, mais parce qu’il a publiquement dévoilé la combine.

Pourquoi vous ne pouvez pas (facilement) faire pareil en France

Avant de vous précipiter chez votre opérateur pour surtaxer votre ligne fixe, sachez que la législation française est beaucoup plus stricte. En France, l’attribution de numéros surtaxés (les fameux numéros en 08) est réservée aux professionnels fournissant des « services à valeur ajoutée » (météo, voyance, service client…).

Pour obtenir un tel numéro, il faut obligatoirement posséder un numéro de SIRET (donc être une entreprise ou un auto-entrepreneur). De plus, si vous parveniez à contourner cette règle, vous risqueriez gros. Un démarcheur furieux pourrait vous attaquer pour escroquerie, arguant que votre simple réponse au téléphone ne constitue pas un « service » justifiant une facturation. En somme, en France, l’arroseur risquerait de finir au tribunal.

Il ne nous reste donc plus qu’à savourer par procuration la petite victoire de Lee Beaumont, ce héros ordinaire qui a réussi, pour un temps, à inverser le rapport de force avec les géants du marketing.

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