Affaire Raouf Belkacemi : 3 mois de prison ferme pour l’influenceur

C’est la fin de la récréation et le réveil est brutal : le verdict est tombé ce lundi pour Raouf Belkacemi, condamné à trois mois de prison ferme après une « blague » qui a tourné au fiasco diplomatique et judiciaire.
raouf belkacemi

Du stade à la cellule : chronologie d’un dérapage

On a tous vu passer ces images sur nos fils d’actualité, souvent avec un mélange de gêne et d’incompréhension. Ce qui devait être une simple « story » pour amuser la galerie s’est transformé en un véritable casier judiciaire. Le tribunal de première instance de Rabat a rendu son jugement lundi 19 janvier : Raouf Belkacemi, cet influenceur algérien suivi par des milliers de jeunes, a été reconnu coupable.

La sentence est sans équivoque. En plus d’une amende de 500 dirhams, il écope de trois mois de prison ferme. Fini les gradins ensoleillés de la CAN 2025, direction la prison locale d’El Arjate, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Pour ceux qui pensaient que les réseaux sociaux étaient une zone de non-droit où tout est permis au nom du « content », la justice marocaine vient d’envoyer un message cinglant.

Les faits, pour rappel, remontent au match de huitième de finale entre l’Algérie et la République Démocratique du Congo. Dans l’euphorie du stade Prince Moulay El Hassan, Raouf se filme en train d’uriner — ou de simuler l’acte — directement dans les tribunes. La vidéo, postée dans la foulée, devient virale pour les mauvaises raisons.

L’excuse de la « blague » qui ne passe pas

Face au tollé immédiat provoqué par la séquence, l’influenceur a tenté un rétropédalage d’urgence. Quelques heures après le début de la polémique, il publiait une seconde vidéo pour se justifier. Sa ligne de défense ? Il ne s’agissait pas d’urine, mais d’une boisson gazeuse. Selon lui, tout ceci n’était qu’une mise en scène, une plaisanterie potache destinée à sa communauté.

Mais voilà, devant un tribunal, l’argument du « c’était pour rire » pèse bien peu face aux articles du code pénal. Le procureur et le juge ont retenu des qualifications lourdes :

  • Atteinte publique à la pudeur ;
  • Propos et actes contraires aux bonnes mœurs ;
  • Trouble à l’ordre public lors d’une manifestation sportive.

Que le liquide soit du soda ou non, l’acte simulé dans un espace public, familial et festif comme un stade de la CAN, a été jugé comme une atteinte directe à la dignité des lieux et du public présent.

Le mirage de l’immunité numérique

Cette affaire dépasse le simple fait divers. Elle touche un point sensible de notre génération : la course effrénée à la notoriété. On le voit tous les jours sur TikTok ou Instagram, la frontière entre l’audace et l’irrespect devient de plus en plus floue. Pour quelques milliers de vues, certains sont prêts à tout, oubliant qu’ils se trouvent dans le monde réel, régi par des lois réelles.

L’indignation a été d’autant plus forte que le contexte était électrique. Comme le soulignent plusieurs observateurs locaux, cet acte a été perçu comme une provocation inutile dans un climat sportif déjà passionné. Le geste de Belkacemi n’a pas seulement choqué les familles présentes au stade ; il a été vécu comme un manque de respect flagrant envers le pays hôte de la compétition.

« Les stades restent des espaces publics soumis à des normes précises. La quête de notoriété ne saurait justifier des actes portant atteinte à la dignité des lieux. »

C’est une leçon brutale pour tous les créateurs de contenu : le virtuel a des conséquences bien tangibles. Une vidéo de 15 secondes peut vous coûter 90 jours de liberté.

Et maintenant ?

Actuellement détenu, Raouf Belkacemi n’est pas totalement seul. Il a reçu la visite du consul général d’Algérie au Maroc, Abdelhamid Abdaoui, dans le cadre de la protection consulaire habituelle accordée aux ressortissants étrangers. C’est la procédure standard, mais cela ne change rien au verdict pour l’instant.

Il lui reste une carte à jouer : l’appel. Selon les sources judiciaires, cette possibilité est toujours ouverte, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée par ses avocats à ce stade. En attendant, l’influenceur reste derrière les barreaux, loin des likes et des partages.

Cette condamnation résonne comme un avertissement pour tous les supporters et « pranksters » qui prévoient de se rendre dans les stades pour la suite de la compétition : profitez de la fête, vibrez pour le foot, mais gardez votre téléphone — et votre comportement — sous contrôle. Le buzz ne vaut pas trois mois de votre vie.

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