Le grand saut vers les hippodromes
C’est officiel depuis ce vendredi 27 février : Eric Woerth ne siègera plus au Palais-Bourbon. Après 22 ans passés à arpenter les couloirs de l’Assemblée nationale, l’élu de l’Oise a décidé de rendre son écharpe tricolore. Sa nouvelle mission ? Sauver le PMU, le géant des paris hippiques, dont les revenus fondent comme neige au soleil.
Mandaté dès août dernier par Emmanuel Macron pour restructurer la filière, l’ancien ministre du Budget a vu sa mission prolongée par un décret de Sébastien Lecornu. Problème : la loi est formelle, on ne peut pas être député et mener une telle mission plus de six mois. Woerth a donc dû trancher entre ses électeurs et les chevaux de course.
« Je pense que je serai plus utile en apportant ma pierre au côté de tous les responsables de cette filière pour le sérieux redressement qui doit être engagé. »
« L’expérience ne vaut plus rien » : le ras-le-bol d’un poids lourd
Si ce départ ressemble à une reconversion de luxe, il cache aussi une profonde lassitude. À 70 ans, celui qui a été ministre sous Nicolas Sarkozy ne mâche pas ses mots sur l’ambiance actuelle au Parlement. Entre les nuits blanches épuisantes et un hémicycle plus fragmenté que jamais, le député semble avoir atteint son point de rupture.
Interrogé par nos confrères du Parisien et de BFMTV, il dépeint une Assemblée devenue ingérable. Pour lui, le dialogue est rompu et la politique nationale tourne en rond.
- L’usure : Des débats nocturnes jugés stériles et violents.
- Le sentiment d’impuissance : Des discussions qui se répètent sans que rien ne change vraiment.
- La perte de sens : Une expertise d’ancien ministre qui, selon lui, n’est plus écoutée dans un Parlement sans majorité claire.
« C’est un peu comme conduire une voiture sur de la glace. On n’est pas sûr de bien tenir la trajectoire. À chaque mètre, on risque de déraper. »
Une page se tourne, mais l’influence reste
Attention, ne comptez pas sur lui pour prendre une retraite paisible. Si Eric Woerth quitte l’hémicycle, il ne quitte pas la vie politique. Il a déjà annoncé qu’il soutiendrait activement le candidat du « bloc central » pour la présidentielle de 2027. En attendant, c’est sa suppléante, Véronique Ludmann, une ancienne directrice d’école, qui récupère son siège dans l’Oise sans passer par une élection partielle.
Le défi qui l’attend au PMU est colossal. Premier opérateur européen de paris hippiques, l’entreprise doit se moderniser d’urgence face à la concurrence des jeux en ligne et au désintérêt d’une partie du public. Un pari risqué pour celui qui n’est jamais monté à cheval, mais dont la maison surplombe l’hippodrome de Chantilly depuis des années.
- Sa nomination : Elle doit encore être validée par l’Assemblée générale du PMU d’ici 15 jours.
- Le contrôle : La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) doit donner son feu vert pour éviter tout conflit d’intérêts.
- L’enjeu : Redresser les finances d’une institution née en 1930.
D’un monde de dossiers budgétaires à celui des champs de courses, Eric Woerth change de monture. Reste à savoir si ce « quantum jump » professionnel lui permettra de retrouver l’efficacité qu’il ne trouvait plus entre les murs de l’Assemblée.








