« Je suis protégé par la loi » : le squat en toute impunité
L’histoire de Karine, 55 ans, a de quoi donner des sueurs froides à n’importe quel propriétaire. Au décès de son père, elle hérite de la maison familiale située à Andernos-les-Bains, sur le bassin d’Arcachon. Son but : vendre le bien pour régler les importants frais de succession. Mais très vite, le plan déraille.
Un beau jour, elle découvre que la maison est occupée. Un homme s’y est installé en toute tranquillité. Pire, il a changé les serrures, mis le contrat d’électricité à son nom, et sous-loue même une chambre à des jeunes de passage pour 300 euros par mois.
Le squatteur, un ancien SDF bordelais, assume totalement la situation, comme il l’a expliqué devant les caméras d’Envoyé Spécial :
« Ici, ce sont tous des bourgeois avec des maisons abandonnées. On ouvre les maisons, on les squatte, c’est normal ! Je ne suis pas responsable des lois, je suis protégé par la loi, il y a des lois qui protègent les squatteurs. »
L’impasse administrative et la loi anti-squat inefficace
Face à cet intrus, Karine pense faire les choses dans les règles. Elle se rend à la gendarmerie pour porter plainte pour violation de domicile. La réponse des forces de l’ordre la laisse sans voix : on lui interdit formellement de rentrer dans sa propre maison sous peine d’être arrêtée.
Elle se tourne alors vers la fameuse loi anti-squat de 2023, censée permettre une expulsion express en 72 heures. Mais l’administration française se dresse sur sa route : la préfecture de Gironde rejette sa demande.
- Le squatteur a refusé d’ouvrir aux huissiers.
- Karine ne peut pas prouver l’effraction initiale (le squatteur affirme être entré par une porte ouverte).
- Sans preuve d’effraction, la procédure d’expulsion accélérée est bloquée.
« C’est le monde à l’envers ! On est obligé de prouver que quelqu’un s’est introduit illégalement, alors que cette personne n’a ni bail, ni titre de propriété, rien ! », s’indigne Karine.
5 000 euros, des hommes de main et le tribunal
Acculée financièrement et désespérée par l’inertie de la justice, Karine craque. Après avoir partagé sa détresse sur les réseaux sociaux, elle est contactée par un inconnu. Le « deal » est simple : 5 000 euros en liquide contre l’expulsion musclée du squatteur.
Fin septembre 2025, deux hommes cagoulés débarquent à la maison, frappent le squatteur et le jettent dehors. Mais l’opération vire au fiasco. La police intervient sur le trottoir en pleine bagarre. Les hommes de main sont arrêtés, et Karine est trahie par son numéro de téléphone retrouvé dans les contacts des agresseurs.
Placée en garde à vue pour association de malfaiteurs, la propriétaire bascule dans la case « délinquante ».
Une condamnation qui choque l’opinion
Fin novembre 2025, le jugement tombe devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Karine, jugée pour complicité de violences aggravées, est condamnée à un an de prison avec sursis.
Mais la pilule est d’autant plus dure à avaler que le juge la condamne également à verser 600 euros de dommages et intérêts au squatteur (qui ne s’est même pas présenté à l’audience). Avec les frais annexes, la facture grimpe à 1 200 euros.
Aujourd’hui, Karine se retrouve avec un casier judiciaire. « Je l’assume, je ne fais pas appel parce que je veux payer pour la bêtise que j’ai faite », a-t-elle déclaré, tout en soulignant l’absurdité de la situation : « Mais à ces squatteurs, on ne leur fait rien, il faudrait que ça bouge ! »
Quant à la maison, Karine a finalement réussi à la vendre à un promoteur, mais avec une importante décote financière due à la présence de l’occupant, qui, lui, n’avait toujours pas été délogé par la justice.








