Le taux de natalité en France a progressivement chuté ces dernières années. En 2023, l’indicateur de fécondité est tombé à 1,68 enfant par femme, un chiffre historiquement bas depuis la Seconde Guerre mondiale. La tendance se poursuit en 2024, avec une baisse continue du nombre de naissances. Le sociologue Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, s’intéresse de près à ce phénomène. Dans son ouvrage « Les Batailles de la natalité », il propose plusieurs mesures pour encourager les Français à faire plus d’enfants, parmi lesquelles figure cette idée novatrice de financement des abonnements à des sites de rencontres.
Pourquoi une telle idée ?
Julien Damon part d’un constat simple : pour avoir des enfants, encore faut-il être en couple. Or, de plus en plus de Français, notamment les jeunes, se retrouvent célibataires ou en difficulté pour trouver un partenaire. Cette situation, bien que souvent sous-estimée, a un impact direct sur la natalité. Selon Damon, 20% des familles en France sont monoparentales et de nombreux individus souhaitent fonder une famille mais peinent à trouver le bon partenaire.
L’idée est donc de créer un service public de la rencontre, qui viendrait en complément ou en remplacement des sites de rencontres en ligne existants. Ce service pourrait prendre plusieurs formes : soit un grand service public de la rencontre, soit des chèques ou bons d’achat permettant aux usagers de payer leur abonnement à des sites de rencontres comme Tinder ou Meetic. Pour ceux qui préfèrent les rencontres en personne, Julien Damon propose que les pouvoirs publics soutiennent les bars, restaurants et salles de sport qui organisent des événements pour favoriser les rencontres.
Une mesure qui peut prêter à sourire, mais…
Bien sûr, une telle proposition peut sembler excentrique, voire risible. Cependant, elle repose sur une analyse sociologique sérieuse. L’objectif est de lutter contre l’isolement des individus et de faciliter la formation de couples, condition sine qua non à une hausse des naissances. Julien Damon souligne que dans un contexte où deux nouveaux couples sur cinq se forment en ligne, ces outils numériques jouent un rôle crucial dans la rencontre amoureuse. Ainsi, faciliter l’accès à ces plateformes pourrait avoir un impact positif sur la natalité.
Au-delà de cette mesure, Julien Damon plaide pour une révision plus large de la politique familiale en France. Actuellement, celle-ci est majoritairement centrée sur les familles nombreuses, alors que l’enjeu se situe désormais davantage sur le premier enfant. Damon suggère de revoir le système des allocations familiales, en instaurant par exemple une aide dès le premier enfant. Un investissement dans un service public de la petite enfance est également nécessaire, selon lui, pour soulager les parents et leur permettre de concilier plus facilement vie professionnelle et familiale.
Outre les aspects économiques et sociaux, le logement est un autre facteur clé pour favoriser la natalité. Damon note que les jeunes peinent à quitter le domicile parental et que le manque de logements adaptés pour les familles en périphérie des grandes villes constitue un frein à la natalité. Il propose donc de favoriser la construction de pavillons et de réexaminer certaines lois environnementales qui limitent l’extension urbaine.
Si la proposition de financer des abonnements à des sites de rencontres via la CAF peut paraître provocante, elle ouvre un débat intéressant sur la manière dont l’État peut encourager les rencontres et, par extension, la natalité. Relancer la natalité est un enjeu crucial pour l’avenir économique et social du pays. Des mesures innovantes et parfois déconcertantes pourraient bien s’avérer nécessaires pour inverser la tendance actuelle.