Le gouvernement français prépare une réforme majeure du congé parental, prévue pour entrer en vigueur en août 2025. L’objectif est de mieux rémunérer les parents et d’encourager une plus grande implication des pères dans la vie familiale. Ce nouveau dispositif, appelé congé de naissance, viendrait modifier en profondeur le système actuel.
Le congé parental actuel
Actuellement, le congé parental est ouvert à tout salarié ayant au moins un an d’ancienneté dans son entreprise. Il peut être pris suite au congé maternité ou paternité, et l’employeur ne peut pas refuser cette demande. Ce congé offre deux options :
- Congé total : le parent interrompt totalement son activité professionnelle.
- Congé partiel : le parent continue à travailler au moins 16 heures par semaine.
La durée maximale du congé parental est de trois ans, renouvelable chaque année. Cependant, le montant de l’allocation versée aux bénéficiaires est actuellement limité à 448 euros par mois, un montant largement critiqué pour être insuffisant et dissuasif pour de nombreux parents, notamment les pères.
Les critiques contre le congé parental sont nombreuses. Plusieurs études ont démontré que ce système éloigne les femmes du marché du travail, leur rendant difficile de reprendre des postes à responsabilité après une longue période d’absence. De plus, seuls 0,8 % des pères ont recours au congé parental, contre 14 % des mères.
Les grandes lignes de la réforme
La réforme proposée vise à répondre aux failles du système actuel. Le nouveau congé de naissance serait plus court mais aussi mieux rémunéré. Chaque parent pourrait bénéficier de trois mois de congé rémunérés à hauteur de 50 % de leur salaire, avec un plafond fixé à 1 900 euros par mois. Ce nouveau dispositif serait cumulable, permettant ainsi à l’un des deux parents de rester auprès de son enfant pendant une période maximale de six mois.
Ce nouveau congé viendrait s’ajouter aux congés maternité et paternité déjà existants, qui resteront indemnisés à 100 %. Les congés maternité sont actuellement de 16 semaines pour le premier et deuxième enfant, et de 26 semaines pour les familles avec trois enfants ou plus. Le congé paternité est, quant à lui, de 25 jours.
Le congé de naissance serait donc un complément qui permettrait aux parents de rester auprès de leur enfant durant la première année. Ce système se veut plus attractif, notamment pour les pères, en les encourageant à prendre part activement à la parentalité dès les premiers mois de vie de l’enfant.
Les objectifs de la réforme
Cette réforme a pour but de réduire les inégalités professionnelles entre hommes et femmes. Actuellement, les femmes sont beaucoup plus nombreuses à prendre des congés prolongés pour s’occuper de leurs enfants, ce qui freine leur carrière et limite leur progression dans l’entreprise. Le nouveau dispositif vise à remédier à cette situation en rendant le congé parental plus égalitaire et en encourageant les pères à s’impliquer davantage.
Le Président de la République a notamment déclaré que ce nouveau congé permettrait d’éviter que les femmes soient éloignées durablement du marché du travail. En rendant le congé parental plus court, mais mieux rémunéré, le gouvernement espère faciliter un retour plus rapide à l’emploi pour les mères, tout en incitant les pères à partager davantage les responsabilités familiales.
Si certaines associations de parents ont accueilli favorablement ce projet, d’autres ont émis des réserves quant à la durée du congé proposé. Patrick Chrétien, vice-président de Familles de France, a exprimé son inquiétude face à un congé qu’il juge trop court. Selon lui, les trois ans offerts par le système actuel étaient plus adaptés aux besoins des enfants, notamment durant les mille premiers jours, cruciaux pour leur développement.
D’autres organisations, comme Parents et féministes, ont critiqué cette réforme pour ne pas aller assez loin. Selon Elsa Foucraut, membre de l’association, cette réforme maintiendrait une inégalité parentale puisque la durée du congé de paternité ne serait pas réellement étendue, contrairement à ce que demandent plusieurs associations féministes.
De plus, certains craignent que cette réforme n’aggrave la pénurie de places dans les structures de garde d’enfants. Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale à la CGT, s’est inquiétée du manque d’alternatives pour les parents qui ne peuvent pas prolonger leur congé au-delà de cette première année, notamment en raison de la crise dans les services de la petite enfance.
Bien que les contours de la réforme soient désormais connus, certaines modalités doivent encore faire l’objet de concertations avec les partenaires sociaux. Ces discussions visent à adapter le congé de naissance aux différentes situations familiales, notamment celles des indépendants, des professionnels libéraux, ou encore des familles accueillant des naissances multiples.
La ministre déléguée à l’Enfance, à la Jeunesse et aux Familles, Sarah El Haïry, a annoncé qu’une série de réunions avec les syndicats et associations commencerait dès le 15 mai 2024 pour finaliser les détails du dispositif. L’objectif du gouvernement est de faire passer cette réforme dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale à l’automne 2024, pour une mise en œuvre en août 2025.