Michel Kuka, 26 ans, la mascotte de la CAN 2026

On a coutume de dire que le football se joue à onze contre onze, mais lors de cette Coupe d’Afrique des Nations 2026 au Maroc, la véritable star n’était pas sur la pelouse. Elle était en tribunes, figée, le regard porté vers l’horizon. Michel Kuka Mboladinga, un supporter congolais de 26 ans, a volé la vedette aux joueurs en réalisant une performance physique et artistique hors du commun : rester parfaitement immobile pendant l’intégralité des matchs de la République Démocratique du Congo. Surnommé le « Lumumba des tribunes », ce jeune homme est passé du statut de simple fan à celui d’icône virale, jusqu’à une fin de parcours aussi dramatique que médiatisée face à l’Algérie.
michel kuka

Une performance physique de haut vol au milieu du chaos

Imaginez l’ambiance électrique d’un stade lors de la CAN : les chants, les danses, les tambours et la ferveur populaire. Au milieu de ce tourbillon de vie, un homme détonne par son calme olympien. Perché sur un piédestal improvisé dans les travées du stade Prince Moulay Hassan à Rabat, Michel Kuka ne bouge pas. Pas un muscle ne tressaille, pas un cri ne sort de sa bouche.

Vêtu d’un costume impeccable reprenant souvent les couleurs de la RDC — chemise bleue, pantalon rouge ou costume jaune éclatant — il maintient une posture stricte : le buste droit, le visage fermé et le bras droit tendu vers le ciel, la paume ouverte. Cette immobilité spectrale dure 90 minutes, parfois plus. Lors des matchs de poule, notamment contre le Botswana (victoire 3-0 des Léopards), les caméras du monde entier se sont braquées sur ce « métronome des gradins » qui contraste radicalement avec l’agitation ambiante.

Ce n’est pas un coup d’essai pour Michel. L’homme confie adopter cette attitude depuis 2013, mais c’est bien l’exposition médiatique de la CAN 2026 qui a propulsé sa démarche au rang de phénomène mondial, provoquant même des mouvements de foule à la sortie des stades, l’obligeant à être escorté par la sécurité.

Plus qu’un mime, un hommage politique à Patrice Lumumba

Si la performance amuse les réseaux sociaux, elle porte en réalité une charge symbolique et historique très lourde. Michel Kuka Mboladinga ne prend pas cette pose par hasard. Il imite trait pour trait la statue de Patrice Lumumba érigée à Kinshasa.

Héros de l’indépendance de la RDC et Premier ministre éphémère assassiné en 1961, Lumumba reste une figure tutélaire de l’histoire africaine. En reproduisant sa gestuelle iconique, Michel Kuka effectue un véritable travail de mémoire. La ressemblance physique avec l’homme politique — même coupe de cheveux, mêmes lunettes carrées, même visage ciselé — ajoute au trouble et à la fascination. La presse internationale, du Soleil sénégalais à Courrier International, salue d’ailleurs une « performance artistique et patriotique ». Michel Kuka se considère lui-même comme un artiste, rémunéré par la sélection nationale pour incarner cette figure protectrice veillant sur les Léopards.

Le drame d’Algérie-RDC : quand la statue s’effondre

La belle histoire a connu un dénouement cruel lors du huitième de finale opposant la RDC à l’Algérie, le mardi 6 janvier 2026. L’enjeu était immense et le match s’est étiré jusqu’au bout du suspense. Fidèle à son poste, Michel Kuka a tenu bon, prolongeant son immobilité durant les 90 minutes du temps réglementaire, puis durant les prolongations. Soit près de 120 minutes de tension musculaire et mentale extrême.

Mais à la 119e minute, tout bascule. L’Algérien Adil Boulbina inscrit le but de la victoire (1-0) pour les Fennecs. C’en est trop pour le « Lumumba vivant ». Les images, poignantes, montrent le supporter craquer nerveusement. Il passe la main devant ses yeux pour essuyer des larmes avant de s’écrouler, littéralement, sur son piédestal. La statue est redevenue humaine, terrassée par la déception sportive et l’épuisement physique après quatre matchs de stase totale.

Le « troll » de Mohamed Amoura et la reconnaissance officielle

L’histoire ne s’arrête pas au coup de sifflet final. La performance de Michel Kuka avait tellement marqué les esprits que même les joueurs adverses en ont joué. Lors de la célébration de la victoire, l’attaquant algérien Mohamed Amoura n’a pas hésité à « chambrer » le célèbre supporter.

Le joueur de Wolfsburg a imité la pose signature du Congolais avant de s’allonger sur la pelouse, mimant une sieste, comme pour signifier que la statue pouvait désormais « partir en vacances ». Une image forte qui a fait le tour du web, symbolisant la dure loi du sport.

Malgré l’élimination et le chambrage, Michel Kuka repart du Maroc avec un statut de star. Il a même eu l’honneur de rencontrer Patrice Motsepe, le président de la Confédération Africaine de Football (CAF). Sa présence aura rappelé qu’en Afrique, le football est bien plus qu’un jeu : c’est un théâtre où se mêlent histoire, politique et émotion pure.

Actualités

Abonne toi à la Newsletter

Acquisition > Newsletter : Sidebar