Mort de Calbo (Ärsenik) : le rappeur s’est éteint à l’âge de 52 ans

C’est une page majeure de l’histoire du hip-hop tricolore qui se tourne, et elle laisse un goût amer à tous ceux qui ont grandi avec le « Secteur Ä » dans les oreilles. Calbony M’Bani, plus connu sous le nom de Calbo, moitié du légendaire duo Ärsenik, est décédé ce dimanche 4 janvier 2026. À seulement 52 ans, celui qui a formé avec son frère Lino l’un des binômes les plus techniques et respectés du rap français s’en est allé des suites d’une longue maladie. Retour sur le parcours d’une voix grave, posée et inimitable qui a su « boxer avec les mots » comme personne.
calbo arsenik

Un départ prématuré qui secoue le monde du rap

La triste nouvelle est tombée dimanche après-midi via un communiqué officiel de la famille, relayé sur les réseaux sociaux du groupe. Si les causes exactes du décès n’ont pas été explicitées dans l’immédiat, les proches ont évoqué une « longue maladie ». Le rappeur avait déjà connu des alertes de santé par le passé, notamment une hospitalisation il y a deux ans liée à des complications diabétiques.

Dans ce moment de deuil, le clan M’Bani a appelé à la retenue : « En ces moments particulièrement douloureux, la famille appelle à la bienveillance, au respect et à la retenue tant à son égard qu’à celle de ses proches. » Une sortie sobre et digne, à l’image de l’artiste qui, contrairement à l’exubérance de certains confrères, avait toujours cultivé une force tranquille, laissant souvent la lumière des projecteurs à son frère cadet, Lino, tout en restant le pilier indispensable du duo.

Ärsenik : l’alchimie fraternelle et le style « croco »

Pour comprendre l’impact de Calbo, il faut remonter au début des années 90. Originaires du Congo, la famille M’Bani s’installe à Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise. C’est là, dans le quartier de la Cerisaie, que Calbo et Lino affûtent leurs rimes. En 1992, Ärsenik est né. Leur force ? Une complémentarité totale. Là où Lino est une mitraillette à punchlines au débit rapide, Calbo apporte une assise, une voix de basse profonde et un sens de la formule qui frappe juste.

Impossible d’évoquer Calbo sans parler du style. Avec Ärsenik, ils ont littéralement imposé le survêtement Lacoste comme l’uniforme officiel du rap français de la fin des années 90. Une appropriation de la marque au crocodile (initialement bourgeoise) qui s’est faite sans l’accord de l’enseigne… avant que celle-ci ne finisse par reconnaître leur influence culturelle majeure en les nommant égéries en 2016. Calbo, c’était cette allure : casquette vissée, polo impeccable, et une attitude défiante mais élégante.

« Quelques gouttes suffisent » : un classique intemporel

Si Calbo entre aujourd’hui au panthéon du rap, c’est avant tout pour l’album « Quelques gouttes suffisent », sorti en 1998. Certifié double disque d’or, cet opus est considéré par les puristes comme l’un des cinq meilleurs albums de l’histoire du rap français.

Au sein du collectif Secteur Ä (aux côtés de Stomy Bugsy, Passi, Doc Gynéco ou les Neg’Marrons), Ärsenik apportait la touche « hardcore » mais consciente. Calbo y a gravé des hymnes générationnels :

  • « Boxe avec les mots » : Un morceau de bravoure technique où il lâche cette phrase devenue slogan : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ».
  • « Une affaire de famille » : Collaboration culte avec Doc Gynéco qui célébrait la loyauté du clan.
  • « Sexe, pouvoir et biftons » : Une peinture acide de la société de consommation.

Le groupe sortira un second album en 2002, « Quelque chose a survécu… », avec le tube « Regarde le monde », avant de se faire plus rare, laissant planer pendant deux décennies le mythe d’un troisième album qui ne viendra jamais. Calbo avait toutefois sorti un projet solo en 2022, « Quelques gouttes de plus », accompagné d’un livre autobiographique, prouvant qu’il avait toujours la flamme.

Pluie d’hommages pour un « Grand frère »

Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages affluent, témoignant du respect immense dont jouissait Calbo dans le milieu. Il n’était pas seulement un rappeur talentueux, mais une figure tutélaire pour beaucoup.

« On a perdu un grand monsieur du rap et un grand frère de la vie. Au-delà de ses accomplissements rappologiques, je retiens toute la force et la positivité qu’il a transmises au fil des années à ma génération et aux suivantes. »

Ces mots sont signés Rohff, un autre poids lourd du 94, qui a tenu à saluer la mémoire de son aîné sur X. Même émotion chez Stomy Bugsy, compagnon de route de la première heure au sein du Secteur Ä, qui a rappelé que Calbo resterait « dans les cœurs et dans les mémoires ». Kery James, Médine et bien d’autres ont également salué l’artiste, soulignant son humilité et sa gentillesse hors caméra.

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