Une « capsule temporelle » ouverte par la marée
Tout a commencé le 18 décembre sur la plage d’Ogmore-by-Sea, dans le sud du Pays de Galles. L’équipe de la Beach Academy, une entreprise sociale dédiée à la préservation du littoral, s’affairait à nettoyer les bassins rocheux. Au lieu des détritus modernes, Emma Lamport et ses bénévoles ont commencé à extraire des chaussures. Pas une ou deux, mais des centaines.
Le butin est impressionnant et un brin effrayant : 437 chaussures (chiffre encore provisoire) ont été exhumées des sédiments et des rochers. Il ne s’agit pas de baskets perdues l’été dernier, mais de modèles en cuir noir, souvent cloutés, typiques de l’époque victorienne ou juste avant. Si certaines sont très abîmées, d’autres ont été incroyablement conservées par l’eau salée et la boue, gardant presque leur forme d’origine. Les modèles correspondent à des chaussures d’hommes, mais aussi d’enfants, ajoutant une note tragique à la découverte.
« Nous n’avons aucune idée du temps que ces chaussures ont passé là ! Elles ressemblent davantage à des chaussures d’époque qu’à des modèles modernes. » — Beach Academy
Le fantôme du « Frolic » refait surface
D’où vient cette marée de cuir ? Si l’océan garde souvent ses secrets, une hypothèse solide se détache déjà. Les regards se tournent vers Tusker Rock, un îlot rocheux situé à quelques kilomètres de la côte, tristement célèbre pour être un « cimetière de navires ».
Selon les historiens locaux et les recherches d’Emma Lamport, ces chaussures proviendraient très probablement de l’épave du Frolic. Ce bateau à vapeur, qui transportait des marchandises (et visiblement une grosse cargaison de chaussures) depuis l’Italie, a fait naufrage après avoir heurté le récif en 1831. Une tragédie qui avait coûté la vie aux 80 passagers et membres d’équipage à bord.
Pendant près de 150 ans, la cargaison est restée prisonnière des fonds marins. Mais pourquoi ressort-elle maintenant ? L’explication serait environnementale. L’érosion des berges de la rivière Ogmore, combinée aux tempêtes récentes et à la dégradation naturelle de l’épave victorienne, aurait fini par libérer ces vestiges. Michael Roberts, chercheur en sciences océaniques, confirme que de vieilles épaves commencent à se désagréger, relâchant soudainement leur contenu séculaire.
Un nettoyage pas comme les autres
Pour les bénévoles, la mission a changé de nature. Il ne s’agit plus seulement de nettoyer, mais de préserver un patrimoine. Bien que des locaux aient déjà trouvé une chaussure isolée par le passé, l’ampleur de cet échouage massif est inédite.
La Beach Academy continue son travail minutieux pour « déterrer » l’histoire, tout en rappelant que le site reste fragile. Ces centaines de souliers muets sont un rappel poignant que sous nos pieds, à la plage, se cachent parfois les récits oubliés de ceux qui ont traversé les mers avant nous.








