Qui est vraiment Abu Azrael, l’icône des milices chiites en Irak ?

Véritable star des réseaux sociaux et cauchemar auto-proclamé de l’État islamique, Abu Azrael incarne la réponse ultra-violente des milices chiites face à la terreur djihadiste.
abu azrael

De prof de sport à icône de la guerre

Derrière le nom de guerre Abu Azrael (littéralement « le père de l’ange de la mort ») se cache Ayyoub Faleh al-Rubaie. Avant de devenir une figure médiatique mondiale, cet homme de 37 ans était, selon les médias étatiques irakiens, un simple professeur d’éducation physique et un champion de taekwondo. Un profil « ordinaire » qui a basculé dans le conflit armé il y a plus de vingt ans.

Son CV militaire est celui d’un vétéran des guerres de l’ombre au Moyen-Orient. On retrouve sa trace dès 2003 au sein de l’Armée du Mahdi, luttant contre l’occupant américain, avant qu’il ne s’envole pour la Syrie afin de prêter main-forte au régime de Bachar el-Assad contre les rebelles. Mais c’est en 2014, avec l’émergence de Daech, qu’il devient une légende vivante en rejoignant les Brigades de l’Imam Ali.

« Je me considère à 100 % comme un martyr, si Dieu le veut. Je suis prêt à mourir, maintenant ou plus tard. » — Abu Azrael à l’AFP.

Le marketing de la terreur : hache, sabre et selfies

Pourquoi un tel buzz autour de lui ? Contrairement aux soldats classiques, Abu Azrael a compris avant tout le monde la puissance de l’image. Sur smartphone, ses vidéos cartonnent : on le voit soulever de la fonte, poser avec une hache sur l’épaule ou une kalachnikov M4 à la main, toujours avec un sourire de blockbuster hollywoodien.

  • Un slogan viral : Son cri de guerre « Illa Tahin » (littéralement « vous réduire en poussière ») est devenu une punchline reprise sur des t-shirts à Bagdad.
  • Un style visuel : Crâne rasé, barbe noire massive et gilet tactique chargé de grenades, il est le contre-modèle parfait de la débandade de l’armée régulière en 2014.
  • Produit dérivé : Il est devenu une telle icône qu’il possède ses propres dessins animés, clips musicaux et pages Facebook suivies par des centaines de milliers de fans.

Pour beaucoup d’Irakiens, il est le vengeur nécessaire, celui qui rend coup pour coup aux atrocités de l’État islamique. Mais cette célébrité cache une réalité beaucoup plus sombre sur le terrain.

Héros national ou criminel de guerre ?

Si le public adore son côté « Rambo », les organisations de défense des droits de l’homme et même ses propres supérieurs finissent par s’inquiéter de ses méthodes. Abu Azrael n’est pas seulement un soldat, c’est un bourreau qui met en scène ses exactions. En 2015, une vidéo le montre en train de découper au sabre le corps brûlé d’un homme pendu par les pieds. En 2017, il récidive en brûlant la barbe d’un cadavre de combattant ennemi.

Ces actes, filmés et diffusés avec fierté, lui valent des critiques jusque dans son propre camp. Les Brigades de l’Imam Ali ont parfois dû prendre leurs distances face à ces images qui nuisent à la crédibilité des milices Hachd al-Chaabi, régulièrement accusées d’exécutions sommaires sur des civils sunnites.

Un déclin entre manifestations et maladie

Comme toute star de la propagande, l’aura d’Abu Azrael a fini par s’effriter. En octobre 2019, alors que l’Irak est secoué par des manifestations populaires contre la corruption et l’influence iranienne, l’idole tombe de son piédestal. Sur la place Tahrir à Bagdad, il est reconnu par des manifestants qui, loin de lui demander un selfie, le rouent de coups jusqu’à ce qu’il perde connaissance.

Sa santé physique a également pris un coup dur. En 2020, le guerrier bodybuildé est frappé de plein fouet par le COVID-19, subissant de graves lésions pulmonaires qui l’éloignent un temps des projecteurs. Pourtant, l’homme ne renonce pas à son rôle de symbole : en 2023, il réapparaît près de la frontière israélo-libanaise, affirmant attendre une opportunité pour entrer en conflit dans le cadre de la guerre à Gaza.

Aujourd’hui, Abu Azrael reste une figure clivante. Pour ses partisans, il est le protecteur de la nation face au terrorisme. Pour ses détracteurs, il est le visage d’une violence aveugle qui alimente le cycle de la haine en Irak. Une chose est sûre : il a transformé la guerre moderne en un spectacle permanent, où la frontière entre le héros et le monstre est plus fine que la lame de son sabre.

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