Raphaël Glucksmann : son grand-père était un espion soviétique

C’est le genre de scénario qui ferait passer Le Bureau des Légendes pour une comptine pour enfants. Alors qu’il a été la cible de rumeurs persistantes le qualifiant d’agent de la CIA durant les dernières élections européennes, Raphaël Glucksmann vient de faire une découverte qui prend tout le monde à contre-pied. Son grand-père, Rubin, n’était pas un simple militant, mais un véritable espion soviétique opérant pour le compte de Staline. Une révélation choc issue d’un documentaire à venir, qui retrace la saga romanesque d’une famille au cœur des soubresauts du XXe siècle.
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Un secret dévoilé face caméra

L’information tombe tel un coup de théâtre dans le documentaire Les Glucksmann, une histoire de famille, réalisé par Steve Jourdin. C’est durant le tournage que l’eurodéputé Place Publique apprend la véritable nature des activités de son aïeul. Face aux archives exhumées par l’historien allemand Sebastian Voigt, Raphaël Glucksmann encaisse le choc avec émotion.

« J’aimerais bien m’asseoir avec lui et écouter son histoire », confie-t-il à l’écran, réalisant l’ampleur du secret gardé pendant des décennies.

Ce film, qui sera diffusé le 31 janvier prochain sur Public Sénat, ne se contente pas d’explorer la carrière politique de l’héritier Glucksmann ou celle de son père, le philosophe André Glucksmann. Il remonte le fil d’une généalogie marquée par l’engagement radical, l’exil et la tragédie.

Nom de code : Reouven Guidoni

L’histoire de Rubin Glucksmann est celle d’un aventurier de l’ombre. Né dans une famille juive pauvre de l’Empire austro-hongrois, il commence par émigrer en Palestine vers l’âge de 30 ans, animé par un idéal sioniste. C’est là que tout bascule. Rubin, alias « Reouven Guidoni », effectue un virage idéologique complet : il devient antisioniste et rejoint le Parti communiste palestinien dès 1923.

Ses talents de polyglotte et sa ferveur attirent rapidement l’attention du Komintern, l’internationale communiste pilotée depuis Moscou. Il devient alors un agent opérationnel pour l’URSS, chargé d’exporter la révolution bolchévique à travers l’Europe. Ses missions sont dignes d’un roman d’espionnage :

  • Il opère en Allemagne nazie dans la clandestinité.
  • Il organise un trafic d’armes pour soutenir les républicains espagnols durant la guerre civile.
  • Il infiltre des réseaux en France et au Royaume-Uni.

Une fin tragique en pleine mer

staline glucksmann

La carrière de cet « agent de Staline » prend fin brutalement en 1940. Alors qu’il se trouve en Angleterre, Rubin Glucksmann est repéré et arrêté par le MI5, les services de contre-espionnage britanniques. Considéré comme un ennemi étranger, il est expulsé vers le Canada à bord du SS Arandora Star.

Le destin s’acharne : le navire, qui transporte des centaines de déportés et de prisonniers de guerre, est repéré par un U-Boot allemand au large de l’Irlande. Le sous-marin torpille le paquebot. Rubin Glucksmann périt dans le naufrage, emportant avec lui ses secrets, sans jamais avoir pu raconter son histoire à son fils André, alors tout jeune enfant.

La rupture idéologique : de père en fils

Cette révélation éclaire d’un jour nouveau la trajectoire intellectuelle de la famille. André Glucksmann, le père de Raphaël, a grandi dans l’ombre de ce père absent et héroïsé. D’abord communiste fervent (il a pris sa carte dès 13 ans) puis maoïste, André finira par opérer une rupture totale et violente avec l’héritage paternel.

Devenu l’un des « nouveaux philosophes », il consacrera une grande partie de sa vie à dénoncer les crimes du totalitarisme soviétique et l’horreur du Goulag, devenant ironiquement l’un des pourfendeurs les plus efficaces du régime que son propre père avait servi. Une trajectoire qui l’avait même mené à soutenir Nicolas Sarkozy en 2007, un choix que son fils Raphaël a toujours qualifié d’erreur.

Aujourd’hui, alors que Raphaël Glucksmann se positionne comme une figure centrale de la gauche sociale-démocrate pour 2027 (malgré le scepticisme de Daniel Cohn-Bendit qui estime qu’il n’a « aucune chance »), cette découverte ajoute une épaisseur historique fascinante à son parcours. Loin des fantasmes de la CIA, c’est bien l’ombre du Kremlin qui planait sur l’arbre généalogique.

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