Imagine l’ambiance. Tu embarques le 5 juillet 2026 à Athènes pour dix jours de vacances de rêve en mer Égée à bord d’un navire ultra-stylé de la compagnie Virgin Voyages. Au programme : des fêtes, du chill, et des escales chargées d’histoire. Mais en l’espace de quelques jours, ton voyage vire au casse-tête géopolitique. C’est l’aventure totalement surréaliste que vivent actuellement les clients de l’agence américaine Atlantis Events, spécialisée dans le tourisme LGBTQ+ depuis plus de trente ans.
Le premier stop censuré par la Turquie
Tout a commencé au début du mois de juillet. Le Scarlet Lady devait initialement accoster dans la station balnéaire de Kuşadası et à Istanbul. Mais au dernier moment, les autorités turques ont fermé leurs vannes. La raison invoquée ? Le groupe ne correspondrait pas aux « standards moraux » et aux « valeurs familiales » de la structure sociale du pays.
Pour le PDG d’Atlantis Events, Rich Campbell, c’est un véritable coup de massue. Choqué, il a confié aux médias qu’en 36 ans de carrière, c’est la toute première fois qu’on lui refuse un quai en raison de l’identité de ses passagers. D’autant plus que l’agence est déjà venue treize fois dans ces mêmes ports au cours des 25 dernières années sans le moindre accroc.
« Lorsque nous accostons, le bateau ressemble à n’importe quel autre. Nous ne sommes pas une manifestation, nous ne sommes pas une organisation, nous ne faisons en aucun cas une déclaration politique. »
— Rich Campbell, PDG d’Atlantis Events
L’actrice et légende de Broadway Patti LuPone, présente à bord pour assurer les spectacles de la croisière, a immédiatement partagé sa colère sur son compte Instagram, se disant « furieuse » de voir le navire bloqué à cause de l’orientation sexuelle de ses occupants. Selon des sources locales, des groupes islamistes radicaux auraient mené une intense campagne de boycott sur les réseaux sociaux juste avant l’arrivée du bateau.
Le plan B égyptien vire au fiasco total
Face au refus turc, les équipes logistiques de Virgin Voyages ont travaillé d’arrache-pied pour improviser un plan de secours. L’itinéraire a été modifié en urgence pour programmer une escale de remplacement à Alexandrie, en Égypte. Mais le soulagement a été de très courte durée pour les 1 900 voyageurs à bord, majoritairement américains, canadiens et australiens.
Jeudi, alors que le paquebot approchait des côtes de l’Afrique du Nord, les passagers ont reçu une notification bruteale sur l’application interne du navire : l’Égypte venait à son tour d’interdire l’accès à ses eaux territoriales. Contrairement à la Turquie, le gouvernement égyptien s’est muré dans le silence et n’a fourni aucune explication officielle pour justifier ce refoulement simultané.
- Itinéraire initial : Athènes, Kuşadası, Istanbul, Italie.
- Plan de secours numéro 1 : Remplacement des stops turcs par Alexandrie (Égypte) et Héraklion (Crète).
- Plan de secours numéro 2 : Cap forcé vers La Canée (Grèce) et Kotor (Monténégro) pour fuir les tensions.
Un signal ultra-inquiétant pour le tourisme inclusif
Si l’homosexualité n’est pas officiellement illégale en Turquie, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a considérablement durci sa rhétorique. À Istanbul, la Marche des fiertés est systématiquement interdite depuis 2015. Du côté de l’Égypte, la situation est encore plus complexe : les autorités utilisent régulièrement une loi de 1961 sur la « débauche » pour harceler et emprisonner les membres de la communauté LGBTQ+.
Pour mieux comprendre la diversité et l’histoire des communautés visées par ces restrictions, tu peux consulter notre article : de LGBT à LGBTQIA+, ce que cachent les lettres.
Ce double rejet en moins d’une semaine marque un tournant inédit dans l’industrie du tourisme de mémoire. Randle Roper, le patron de VACAYA (une autre grande agence de voyages inclusive), a exprimé son soutien total à Atlantis Events face à ces décisions qu’il qualifie de stupides et aberrantes.
« Ces deux destinations accueillent des voyageurs LGBTQ+ du monde entier depuis des décennies. Nous pensons que cela fait partie d’une marée mondiale changeante contre notre communauté, enhardie en partie par les changements politiques actuels. »
— Randle Roper, co-fondateur de VACAYA
Cet incident jette un froid polaire sur la promesse d’un tourisme mondialisé sans frontières. Les professionnels du secteur craignent désormais un effet domino, redoutant que d’autres pays n’emboûtent le pas sous la pression de mouvements conservateurs. Pour le Scarlet Lady et ses passagers, le voyage se poursuit désormais loin des côtes du Moyen-Orient, avec une arrivée finale prévue le 15 juillet à Trieste, en Italie.







