Quand Pôle Emploi vous envoie chez les gnomes
Vous pensiez que les stages de reconversion servaient à apprendre le code ou la comptabilité ? Détrompez-vous. L’enquête diffusée sur France 2 révèle que l’argent public a servi à financer des sessions de « Rencontre avec les êtres de la nature ». En Normandie, des demandeurs d’emploi ont ainsi été invités à rencontrer Dagda, un « roi elfique », pour la modique somme de 300 euros par personne.
Le programme de ces journées laisse rêveur :
- Palpation de champs énergétiques invisibles.
- Activation de codes magiques secrets.
- Dialogues avec des créatures légendaires (lutins, gnomes, licornes).
- Recherche de dragons dans le ciel normand.
« On va aller à la rencontre du peuple des elfes. » — Phrase captée en caméra cachée lors d’une formation financée par l’État.
Un business mystique à 800 000 euros
Au cœur de ce système, on retrouve des figures comme Yann Lipnick, un « géobiologue » qui prétend soigner des maladies graves via des thérapies New Age. Son business est florissant : son chiffre d’affaires aurait atteint les 800 000 euros jusqu’en 2021. Plus inquiétant encore, une formatrice interrogée avoue que 60 % de ses revenus provenaient directement des financements publics pour des cours de magnétisme ou de communication animale.
Le problème n’est pas seulement le folklore, mais aussi la santé publique. Ces mouvements, souvent surveillés par la Miviludes, peuvent dériver vers des pratiques sectaires. Certains « guides spirituels » n’hésitent pas à conseiller l’abandon de traitements médicaux lourds comme la chimiothérapie au profit de « vibrations » ou d’incantations.
La réponse (gênée) de France Travail
Face à ces images montrant des stagiaires prier à Stonehenge pour faire apparaître des dragons, la direction générale de France Travail semble tomber des nues. Thibaut Guilluy, le directeur général, a qualifié ces pratiques de « franchement bizarres » tout en rappelant que l’organisme finance entre 300 000 et 400 000 formations chaque année.
Comment de tels stages ont-ils pu passer entre les mailles du filet ?
- Des intitulés de formation parfois flous ou validés par des conseillers peu vigilants.
- Un secteur du bien-être en plein essor qui profite du flou juridique sur les « médecines non conventionnelles ».
- Des structures privées qui gonflent leurs tarifs dès que l’État prend en charge la facture.
Pour exemple, Marianne rapporte qu’une formation de naturopathe facturée 11 850 euros aux particuliers grimpe à 14 600 euros lorsqu’elle est prise en charge par l’organisme public. Un surcoût qui interroge sur la gestion de notre argent à tous.
« Je vais aller vérifier, elle me paraît un peu loin des objectifs de France Travail. » — Thibaut Guilluy, Directeur général de France Travail.
Si l’organisme affirme avoir renforcé ses critères de sélection depuis 2021, l’enquête prouve que le chemin est encore long pour séparer le retour à l’emploi de la quête du Graal énergétique. En attendant, on vous conseille de rester vigilants si votre conseiller vous propose un stage pour apprendre à chevaucher une licorne.
















