Le langage bullshit en entreprise : l’ennemi de la performance

Le corporate bullshit n’est pas seulement agaçant en réunion, il serait le symptôme d’une réelle baisse de performance selon une étude scientifique majeure.
bullshit corporate

On a tous ce collègue qui ne jure que par la « vision 360° », le « scaling agile » ou la « co-construction d’écosystèmes disruptifs ». Si ces mots vous donnent des boutons, vous avez probablement raison : une étude menée par Shane Littrell, chercheur en psychologie cognitive à l’Université de Cornell, prouve que plus on est fan de ce jargon, moins on est doué pour son job.

Le « Corporate Bullshit » passé au scanner

Pour en avoir le cœur net, le chercheur a créé un véritable « générateur de discours creux ». L’idée ? Produire des phrases grammaticalement parfaites mais totalement vides de sens, du type : « Nous allons actualiser un niveau renouvelé de certification du berceau à la tombe ».

Il a ensuite soumis ces pépites à plus de 1 000 salariés qualifiés (RH, marketing, finance). Les résultats, publiés dans la revue Personality and Individual Differences, sont sans appel :

  • Les employés qui trouvent ces phrases « inspirantes » sont les moins performants lors des tests de logique.
  • Ils obtiennent des scores plus faibles en pensée analytique et en résolution de problèmes.
  • Ils ont tendance à choisir systématiquement les pires solutions face à des scénarios de crise.

« Les personnes les plus sensibles aux discours creux avaient tendance à choisir systématiquement les pires solutions aux problèmes de l’entreprise. » — Shane Littrell

Un cercle vicieux pour le management

Le problème, c’est que cette novlangue agit comme un filtre déformant. L’étude montre que les salariés sensibles au baratin perçoivent leurs managers comme plus « charismatiques » et « visionnaires », même quand le fond est absent. On se retrouve alors avec des boîtes remplies de « bons petits soldats » qui adorent la mission de l’entreprise, mais qui sont incapables de prendre une décision pratique et efficace.

Pire encore, ce phénomène est contagieux. Les employés qui évoluent dans un environnement saturé de jargon finissent par l’adopter pour « se fondre dans le moule » ou pour masquer un sentiment d’infériorité. C’est ce que Littrell appelle une « boucle de rétroaction négative » : le bullshit attire le bullshit, et les profils les plus analytiques finissent par démissionner, lassés par ce vide sémantique.

Quand le baratin coûte des millions

L’histoire regorge d’exemples où le jargon a servi d’écran de fumée avant le crash. L’étude cite notamment :

  • Pepsi : Un document interne de 27 pages sur le nouveau logo parlait de « gravité » et de « dynamique d’oscillations de périmètre » pour justifier une modification minime. Résultat : une risée mondiale.
  • Microsoft : En 2014, un mémo devenu tristement célèbre cachait l’annonce de 12 500 licenciements derrière 10 paragraphes de jargon sur la « stratégie d’appareil ».
  • Elizabeth Holmes (Theranos) : Elle a utilisé la novlangue pour séduire des investisseurs et masquer une fraude technologique massive.

Comment ne pas tomber dans le panneau ?

La prochaine fois que vous recevez un mail qui parle de « synergies transversales pour maximiser l’impact systémique », posez-vous deux questions simples : Quelle est l’information réelle ? Est-ce que cela a du sens concrètement ?

Comme le souligne l’étude, même avec un doctorat, on peut se faire berner si le message flatte nos préjugés. Ralentir et analyser le contenu derrière les mots à la mode reste la meilleure arme pour ne pas devenir un « clogged toilet of inefficiency » (un WC bouché par l’inefficacité), comme le dit si poétiquement le chercheur de Cornell.

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